COMMUNICATION DE MONSIEUR LE DÉPUTE FRANCK BOROTRA
SECRÉTAIRE
GÉNÉRAL PARLEMENTAIRE
DE L'ASSEMBLÉE INTERNATIONALE DES PARLEMENTAIRES
DE LANGUE FRANÇAISE
Le Secrétaire général parlementaire de l'Assemblée
internationale des parlementaires de langue française,
M. Franck BOROTRA, député, a tout d'abord salué,
en la personne de M. Jean-Louis ROY, l'ami et l'action qu'il mène
à la tête de l'ACCT et s'est félicité
de l'initiative qu'a eue celui-ci d'organiser cette Conférence
de la rencontre, de la connaissance, de la reconnaissance, du
dialogue, de la concertation. La concertation qui devrait être
instaurée comme règle de la Francophonie.
L'initiative d'organiser cette Conférence est aux yeux
de M. BOROTRA une bonne initiative pour plusieurs raisons. D'abord
parce qu'elle illustre le premier message de la Francophonie,
tel qu'il est porté par le Secrétaire général
de l'ACCT: celui de la diversité et du dialogue. Mais aussi
parce que la Francophonie est inséparable de l'enracinement
dans les opinions, le développement même de l'idée
francophone impliquant sa prise en compte dans l'ensemble des
opinions. Or la présence des associations, comme celle
des parlementaires, est le témoignage de l'engagement de
la Francophonie dans le combat décisif pour convaincre
les opinions.
M. BOROTRA a estimé que cette Conférence répond
au besoin qu'a la Francophonie d'élargir son champ d'action
non seulement dans les différents domaines de la culture,
de la langue, de l'économie, de la coopération interparlementaire
- dans lesquels l'ACCT mène nombre d'activités -
mais également sur le terrain. Et à cet égard,
les parlementaires et les organisations non gouvernementales constituent
sans nul doute les meilleurs relais pour assurer l'approfondissement
et l'élargissement du champ d'action de la Francophonie.
C'est pourquoi M. BOROTRA s'est dit heureux de saluer les OING
présentes, en son nom personnel et en celui de l'AIPLF.
Le Secrétaire général parlementaire a ensuite
voulu, en tant qu'élu, donner à son message un caractère
plus politique. Pour lui, la Francophonie est aujourd'hui à
la croisée des chemins et a besoin d'unir toutes ses forces
pour jouer son rôle. La définition que l'on donne
généralement de la Francophonie lui apparaît
dépassée alors même que celle-ci est une idée
neuve, utile et plus actuelle que jamais.
Avec l'effondrement des systèmes et des idéologies,
aucun pays, aucun peuple ne peut, à son sens, fonder son
identité sur l'appartenance à un seul système
sans prendre le risque de la perdre. C'est la raison pour laquelle
la plupart des pays se battent pour définir des convergences,
des solidarités, de nature transversale, qui les impliquent
à la fois dans des alliances monétaires, dans des
unions économiques, dans des systèmes militaires
ou de défense, tout en revendiquant leur appartenance,
de manière également transversale, à un ensemble
comme la communauté francophone. C'est aussi que la volonté
de recherche de la diversité au travers de l'identité
de la plupart des pays et des peuples conduit à tracer
peu à peu, à l'intérieur du monde, des cheminements
de nature transversale. Tel est le sens qu'il faut donner à
la Francophonie, en lui ouvrant le chemin et en lui donnant les
moyens de s'y engager.
A ceux qui s'interrogent sur les solutions, M. BOROTRA a répondu
qu'il s'agissait d'abord simplement de défendre leur langue
et, au-delà de celle-ci, de défendre un mode de
penser et ce qu'ensemble nous avons appelé l'exception
culturelle. La Francophonie est dès lors revendication
du droit à la différence, expression de la diversité.
Elle n'a pas pour vocation de dominer mais, au contraire, d'apporter,
et c'est en ce sens que la langue que les Francophones ont en
partage est l'un des éléments qui fondent le droit
de défendre l'exception culturelle.
La deuxième réalité de la Francophonie,
évoquée par M. BOROTRA, repose sur une volonté
commune de défendre l'État de droit et le développement
de la démocratie. L'Assemblée internationale des
parlementaires de langue française joue traditionnellement
dans ce domaine un rôle éminent qui vise en particulier
à développer le rôle des parlements et des
parlementaires et à en faire connaître l'importance
aux opinions des pays qui s'ouvrent à la démocratie.
Appartenir à la Francophonie n'est peut-être pas
la garantie d'être un pays démocrate mais c'est la
certitude de le devenir, répond volontiers M. BOROTRA aux
journalistes qui l'interrogent à ce sujet.
La troisième réalité de la Francophonie
a trait, selon M. BOROTRA, au développement et à
la solidarité économique. Il a ainsi souligné
qu'on ne pouvait revendiquer des relations privilégiées
avec les pays africains, et aujourd'hui également avec
ceux d 'Europe de l 'Est et d 'Asie, et demeurer serein face à
la situation économique et sociale dans laquelle ils se
trouvent. Il a dès lors estimé qu'il n 'y aura pas
de Francophonie si, au-delà des mots et des discours, ne
sont pas mis en place les moyens nécessaires au développement,
au décollage économique de pays aux situations différentes,
et si n'est pas affirmée la priorité à la
solidarité économique et sociale.
Le Secrétaire général parlementaire a, de
plus, considéré la Francophonie sous l'angle des
moyens de prévention et de règlement des conflits,
en observant que l' on ne peut revendiquer l'appartenance à
une communauté et constater que certains de ses pays membres
se défont, se déchirent, se détruisent parfois,
sans se donner les moyens d'intervenir en amont, voire au moment
des conflits.
M. BOROTRA a mentionné enfin le grand défi de l'état
sanitaire de l'Afrique qui appelle une réponse politique
et la mobilisation de tous les Francophones.
En faisant ainsi part de ses convictions quant au contenu politique
qui sous tend son engagement au service de la Francophonie, le
Secrétaire général parlementaire a également
voulu signifier que celle-ci avait besoin, pour réussir,
d'un contenu politique et, par conséquent d'une évolution
institutionnelle. Et c'est en cela qu'elle se situe à la
croisée des chemins. Ce sera, en effet, à ses yeux,
l'enjeu essentiel du Sommet de Cotonou, en 1995: ou la Francophonie
se dotera des institutions lui permettant de jouer progressivement
un rôle politique dans le monde qui soit à la mesure
de ses ambitions ou elle risque finalement de s'enliser et de
devenir l'une de ces bonnes anciennes idées qu'on avait
pour mission de mettre en oeuvre mais qu'on n'a pas réussi
à faire triompher.
Il importe dès lors, selon M. BOROTRA, d'adapter les différentes
structures de l'institutionnel francophone de façon à
ce qu'elles puissent véhiculer un message politique, visible,
lisible et actuel et prendre des décisions rapides qui
engagent la communauté francophone. Dans cette perspective,
celui-ci a proposé d'organiser la Francophonie institutionnelle
autour de trois grandes lignes de décision, d' action et
de concertation.
La première ligne serait politique. Ayant sa source dans
les Sommets, dont tout procède, elle prendrait la forme
d'une conférence ministérielle annuelle qui se prolongerait
par un Conseil ministériel restreint, composé, à
la manière du Conseil - de sécurité des Nations
Unies, de membres permanents et de membres élus par les
Sommets. Ce Conseil restreint, présidé par le Ministre
des Affaires étrangères du pays hôte du Sommet
suivant, serait le porte-parole politique de la Francophonie,
chargé de faire entendre le message évoqué
précédemment. Cette première ligne politique
comprendrait également l'Assemblée internationale
des parlementaires de langue française qui devrait assurer
le lien entre l'opinion et le pouvoir politique puis, le moment
venu, le nécessaire contrôle parlementaire sur les
institutions politiques, tout en apportant l'onction du suffrage
universel au fonctionnement de ce système. La deuxième
ligne serait d'exécution et d'action. Elle serait constituée
d'opérateurs, au premier rang desquels l'ACCT continuerait
à jouer un rôle essentiel. Leur vocation serait de
mettre en oeuvre les décisions prises par le pouvoir politique.
La troisième ligne, enfin, devrait être celle des
associations sur laquelle se fonderaient l'ouverture de la Francophonie
et la diversité de l' action francophone, au-delà
de l'institutionnel clairement défini .
M. BOROTRA a ensuite rappelé l'importance du rôle
et des actions de l'AIPLF, au sein de laquelle 48 parlements sont
représentés. Il a évoqué les programmes
réalisés avec l'ACCT: 16 missions d'observation
d'élections menées à la demande des États
membres, des sessions de formation, organisées chaque année
avec l'École internationale de Bordeaux, sur l'élaboration
de la loi et sur le processus électoral, des séminaires
de coopération interparlementaire, comme ce fut récemment
le cas en Centrafrique et doit l'être prochainement au Togo,
le programme PARDOC d'aide à la documentation des nouveaux
parlements. L'AIPLF a de même décidé de concourir
à la création de services de comptes rendus des
débats dans les Parlements du Sud.
Pour conclure, M. BOROTRA a réaffirmé sa foi dans
la Francophonie, fondée sur des convictions qu'il a voulu
partager avec les OING participant à la Conférence.
Le combat francophone n'est pas seulement, pour lui, défense
de notre langue mais il est attachement à des valeurs communes
telles que la défense du droit à l'identité
des minorités car, comme le disait le Général
de Gaulle, la seule querelle qui vaille est celle de l'homme.
C'est donc comme mode de pensée et comme façon d'aborder
les réalités que M. BOROTRA perçoit la Francophonie.
Il en est ainsi par exemple, de l ' approche francophone de l'
exception culturelle ou des propos courageux du Secrétaire
général de l'ONU, M. Boutros Boutros GHALI, au Sommet
de Maurice, définissant la Francophonie comme une subversion
nécessaire à l'équilibre du monde. La Francophonie
lui apparaît comme une manière d'être, de se
comporter, de penser, de témoigner et d'agir dans le monde
et, si nous n'étions pas capables, tous ensemble, de rassembler
nos forces et nos moyens, il manquerait alors quelque chose dans
le concert des nations. Donner confiance à nos concitoyens
et aux peuples auxquels nous appartenons, confiance en eux-mêmes,
en leurs pays et en l'avenir, tel est le sens du message que M.
BOROTRA a voulu exprimer pour ouvrir à chacun le droit
à l'espoir car, selon le mot de Voltaire, L'espoir, c'est
un emprunt fait au bonheur.
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