1ère Conférence des OING - Paris (France), 24-25 octobre 1994

 

COMMUNICATION DE MONSIEUR LE DÉPUTE FRANCK BOROTRA

SECRÉTAIRE GÉNÉRAL PARLEMENTAIRE
DE L'ASSEMBLÉE INTERNATIONALE DES PARLEMENTAIRES
DE LANGUE FRANÇAISE

Le Secrétaire général parlementaire de l'Assemblée internationale des parlementaires de langue française, M. Franck BOROTRA, député, a tout d'abord salué, en la personne de M. Jean-Louis ROY, l'ami et l'action qu'il mène à la tête de l'ACCT et s'est félicité de l'initiative qu'a eue celui-ci d'organiser cette Conférence de la rencontre, de la connaissance, de la reconnaissance, du dialogue, de la concertation. La concertation qui devrait être instaurée comme règle de la Francophonie.

L'initiative d'organiser cette Conférence est aux yeux de M. BOROTRA une bonne initiative pour plusieurs raisons. D'abord parce qu'elle illustre le premier message de la Francophonie, tel qu'il est porté par le Secrétaire général de l'ACCT: celui de la diversité et du dialogue. Mais aussi parce que la Francophonie est inséparable de l'enracinement dans les opinions, le développement même de l'idée francophone impliquant sa prise en compte dans l'ensemble des opinions. Or la présence des associations, comme celle des parlementaires, est le témoignage de l'engagement de la Francophonie dans le combat décisif pour convaincre les opinions.

M. BOROTRA a estimé que cette Conférence répond au besoin qu'a la Francophonie d'élargir son champ d'action non seulement dans les différents domaines de la culture, de la langue, de l'économie, de la coopération interparlementaire - dans lesquels l'ACCT mène nombre d'activités - mais également sur le terrain. Et à cet égard, les parlementaires et les organisations non gouvernementales constituent sans nul doute les meilleurs relais pour assurer l'approfondissement et l'élargissement du champ d'action de la Francophonie. C'est pourquoi M. BOROTRA s'est dit heureux de saluer les OING présentes, en son nom personnel et en celui de l'AIPLF.

Le Secrétaire général parlementaire a ensuite voulu, en tant qu'élu, donner à son message un caractère plus politique. Pour lui, la Francophonie est aujourd'hui à la croisée des chemins et a besoin d'unir toutes ses forces pour jouer son rôle. La définition que l'on donne généralement de la Francophonie lui apparaît dépassée alors même que celle-ci est une idée neuve, utile et plus actuelle que jamais.

Avec l'effondrement des systèmes et des idéologies, aucun pays, aucun peuple ne peut, à son sens, fonder son identité sur l'appartenance à un seul système sans prendre le risque de la perdre. C'est la raison pour laquelle la plupart des pays se battent pour définir des convergences, des solidarités, de nature transversale, qui les impliquent à la fois dans des alliances monétaires, dans des unions économiques, dans des systèmes militaires ou de défense, tout en revendiquant leur appartenance, de manière également transversale, à un ensemble comme la communauté francophone. C'est aussi que la volonté de recherche de la diversité au travers de l'identité de la plupart des pays et des peuples conduit à tracer peu à peu, à l'intérieur du monde, des cheminements de nature transversale. Tel est le sens qu'il faut donner à la Francophonie, en lui ouvrant le chemin et en lui donnant les moyens de s'y engager.

A ceux qui s'interrogent sur les solutions, M. BOROTRA a répondu qu'il s'agissait d'abord simplement de défendre leur langue et, au-delà de celle-ci, de défendre un mode de penser et ce qu'ensemble nous avons appelé l'exception culturelle. La Francophonie est dès lors revendication du droit à la différence, expression de la diversité. Elle n'a pas pour vocation de dominer mais, au contraire, d'apporter, et c'est en ce sens que la langue que les Francophones ont en partage est l'un des éléments qui fondent le droit de défendre l'exception culturelle.

La deuxième réalité de la Francophonie, évoquée par M. BOROTRA, repose sur une volonté commune de défendre l'État de droit et le développement de la démocratie. L'Assemblée internationale des parlementaires de langue française joue traditionnellement dans ce domaine un rôle éminent qui vise en particulier à développer le rôle des parlements et des parlementaires et à en faire connaître l'importance aux opinions des pays qui s'ouvrent à la démocratie. Appartenir à la Francophonie n'est peut-être pas la garantie d'être un pays démocrate mais c'est la certitude de le devenir, répond volontiers M. BOROTRA aux journalistes qui l'interrogent à ce sujet.

La troisième réalité de la Francophonie a trait, selon M. BOROTRA, au développement et à la solidarité économique. Il a ainsi souligné qu'on ne pouvait revendiquer des relations privilégiées avec les pays africains, et aujourd'hui également avec ceux d 'Europe de l 'Est et d 'Asie, et demeurer serein face à la situation économique et sociale dans laquelle ils se trouvent. Il a dès lors estimé qu'il n 'y aura pas de Francophonie si, au-delà des mots et des discours, ne sont pas mis en place les moyens nécessaires au développement, au décollage économique de pays aux situations différentes, et si n'est pas affirmée la priorité à la solidarité économique et sociale.

Le Secrétaire général parlementaire a, de plus, considéré la Francophonie sous l'angle des moyens de prévention et de règlement des conflits, en observant que l' on ne peut revendiquer l'appartenance à une communauté et constater que certains de ses pays membres se défont, se déchirent, se détruisent parfois, sans se donner les moyens d'intervenir en amont, voire au moment des conflits.

M. BOROTRA a mentionné enfin le grand défi de l'état sanitaire de l'Afrique qui appelle une réponse politique et la mobilisation de tous les Francophones.

En faisant ainsi part de ses convictions quant au contenu politique qui sous tend son engagement au service de la Francophonie, le Secrétaire général parlementaire a également voulu signifier que celle-ci avait besoin, pour réussir, d'un contenu politique et, par conséquent d'une évolution institutionnelle. Et c'est en cela qu'elle se situe à la croisée des chemins. Ce sera, en effet, à ses yeux, l'enjeu essentiel du Sommet de Cotonou, en 1995: ou la Francophonie se dotera des institutions lui permettant de jouer progressivement un rôle politique dans le monde qui soit à la mesure de ses ambitions ou elle risque finalement de s'enliser et de devenir l'une de ces bonnes anciennes idées qu'on avait pour mission de mettre en oeuvre mais qu'on n'a pas réussi à faire triompher.

Il importe dès lors, selon M. BOROTRA, d'adapter les différentes structures de l'institutionnel francophone de façon à ce qu'elles puissent véhiculer un message politique, visible, lisible et actuel et prendre des décisions rapides qui engagent la communauté francophone. Dans cette perspective, celui-ci a proposé d'organiser la Francophonie institutionnelle autour de trois grandes lignes de décision, d' action et de concertation.

La première ligne serait politique. Ayant sa source dans les Sommets, dont tout procède, elle prendrait la forme d'une conférence ministérielle annuelle qui se prolongerait par un Conseil ministériel restreint, composé, à la manière du Conseil - de sécurité des Nations Unies, de membres permanents et de membres élus par les Sommets. Ce Conseil restreint, présidé par le Ministre des Affaires étrangères du pays hôte du Sommet suivant, serait le porte-parole politique de la Francophonie, chargé de faire entendre le message évoqué précédemment. Cette première ligne politique comprendrait également l'Assemblée internationale des parlementaires de langue française qui devrait assurer le lien entre l'opinion et le pouvoir politique puis, le moment venu, le nécessaire contrôle parlementaire sur les institutions politiques, tout en apportant l'onction du suffrage universel au fonctionnement de ce système. La deuxième ligne serait d'exécution et d'action. Elle serait constituée d'opérateurs, au premier rang desquels l'ACCT continuerait à jouer un rôle essentiel. Leur vocation serait de mettre en oeuvre les décisions prises par le pouvoir politique.

La troisième ligne, enfin, devrait être celle des associations sur laquelle se fonderaient l'ouverture de la Francophonie et la diversité de l' action francophone, au-delà de l'institutionnel clairement défini .

M. BOROTRA a ensuite rappelé l'importance du rôle et des actions de l'AIPLF, au sein de laquelle 48 parlements sont représentés. Il a évoqué les programmes réalisés avec l'ACCT: 16 missions d'observation d'élections menées à la demande des États membres, des sessions de formation, organisées chaque année avec l'École internationale de Bordeaux, sur l'élaboration de la loi et sur le processus électoral, des séminaires de coopération interparlementaire, comme ce fut récemment le cas en Centrafrique et doit l'être prochainement au Togo, le programme PARDOC d'aide à la documentation des nouveaux parlements. L'AIPLF a de même décidé de concourir à la création de services de comptes rendus des débats dans les Parlements du Sud.

Pour conclure, M. BOROTRA a réaffirmé sa foi dans la Francophonie, fondée sur des convictions qu'il a voulu partager avec les OING participant à la Conférence. Le combat francophone n'est pas seulement, pour lui, défense de notre langue mais il est attachement à des valeurs communes telles que la défense du droit à l'identité des minorités car, comme le disait le Général de Gaulle, la seule querelle qui vaille est celle de l'homme. C'est donc comme mode de pensée et comme façon d'aborder les réalités que M. BOROTRA perçoit la Francophonie. Il en est ainsi par exemple, de l ' approche francophone de l' exception culturelle ou des propos courageux du Secrétaire général de l'ONU, M. Boutros Boutros GHALI, au Sommet de Maurice, définissant la Francophonie comme une subversion nécessaire à l'équilibre du monde. La Francophonie lui apparaît comme une manière d'être, de se comporter, de penser, de témoigner et d'agir dans le monde et, si nous n'étions pas capables, tous ensemble, de rassembler nos forces et nos moyens, il manquerait alors quelque chose dans le concert des nations. Donner confiance à nos concitoyens et aux peuples auxquels nous appartenons, confiance en eux-mêmes, en leurs pays et en l'avenir, tel est le sens du message que M. BOROTRA a voulu exprimer pour ouvrir à chacun le droit à l'espoir car, selon le mot de Voltaire, L'espoir, c'est un emprunt fait au bonheur.