INTRODUCTION
L'Agence de coopération culturelle et technique a organisé,
à la demande de ses instances, la Ire Conférence
francophone des organisations internationales non gouvernementales
qui s'est tenue, les 24 et 25 octobre 1994, au Centre des Conférences
internationales de Paris.
Il n'aura fallu que quelques mois entre l'institution de la Conférence,
la décision de la réunir et l'initiative de l'organiser.
- En décembre 1993, la Conférence générale
de Bamako révisait la Charte de l'Agence pour instituer
la Conférence biennale des organisations internationales
non gouvernementales dont devait être issu un Comité
permanent de liaison.
- En sa session de juillet 1994, le Conseil permanent de la
Francophonie arrêtait, à partir des propositions
émises par l'Agence, le lieu et la date de la lre Conférence,
ses objectifs et ses thèmes ainsi que la liste des organisations
à y inviter.
- Trois mois et demi plus tard, la Conférence était
accueillie à Paris. Une cinquantaine d'OING y étaient
représentées par plus de cent délégués
auxquels s'ajoutaient ceux d'une dizaine d'organisations partenaires,
notamment des acteurs ou opérateurs du Sommet.
Cette Conférence était conçue comme une
première étape dans la mise en oeuvre des directives
portant sur les relations entre les instances de la Francophonie
et les organisations internationales non gouvernementales, adoptées
par le Conseil permanent de la Francophonie, en sa session d'octobre
1992, et approuvées par la Conférence ministérielle
de la Francophonie, lors de sa Ire session, en décembre
de la même année.
Les organisations invitées l'ont été sur
la base des critères d'internationalité, de représentativité
et de compétence définis par les directives. Un
questionnaire détaillé a été adressé
à chacune d'elles afin d'identifier ses caractéristiques
et les conditions de sa participation à la Conférence.
La liste d'OING soumise au Conseil permanent de la Francophonie
ne visait bien entendu pas à l'exhaustivité mais
à la sélection d'une première série
cohérente et équilibrée d'organisations.
A ce premier stade, il est apparu préférable, en
accord avec le Conseil permanent, de ne pas opérer formellement
de classification entre les organisations participantes, du fait
notamment du délai de deux ans, prévu par les directives,
pour l'accès en catégorie B.
Cette 1re Conférence a aussi été l'aboutissement
d'une réflexion conduite depuis plusieurs années
pour relancer le dialogue institutionnel et la concertation collective
avec le monde associatif. Dans son brillant exposé, au
déjeuner-débat, le premier Secrétaire général
de l'ACCT, M. Jean-Marc LÉGER a précisément
montré le rôle précurseur et déterminant
que le mouvement associatif a joué dans l'émergence
de la Francophonie. Les fondateurs de l'Agence - dont il fut le
principal artisan - l'ont reconnu dès l'origine en créant,
à titre d'organe statutaire, un Conseil consultatif où
des associations siégeaient aux côtés d'institutions
internationales et de personnalités.
Pour original qu'il fût, ce dispositif s'est toutefois
révélé mal adapté. M. Jean MATTHYSSENS,
Représentant personnel du Président de la République
française et Vice-président du Conseil permanent
de la Francophonie, a rappelé comment, après mûre
réflexion, les travaux d'un comité ad hoc, qu'il
présidait, ont permis d'imaginer un nouveau mécanisme.
Celui-ci s'inspire du statut consultatif en vigueur dans la plupart
des organisations internationales, notamment de la famille des
Nations Unies.
C'est ce cadre de relations institutionnelles avec le monde associatif
qui vient d'être mis en place à l'occasion de la
lre Conférence des OING. Cette rencontre très attendue
a ouvert une nouvelle ère de collaboration entre l'intergouvernemental
et le non gouvernemental, comme l'ont voulu les Chefs d'État
et de gouvernement des pays ayant le français en partage.
Elle se situait, ainsi que l'a souligné la Présidente
du Conseil permanent dans son allocution d'ouverture, dans la
perspective du 6e Sommet prévu au Bénin dans un
an. Ainsi était-elle bel et bien le rendez-vous de La Francophonie
de terrain: vers le Sommet de Cotonou.
Elle a, de plus, bénéficié de l'assiduité
remarquable avec laquelle, deux jours durant, les délégués
ont activement suivi le programme très dense qui leur avait
été préparé. Pas un seul instant ne
fut donné le spectacle de sièges vides autour de
la table de la Conférence. Pas une seule séance
ne dut subir le retard des participants. L'ensemble des travaux,
à l'exception de la brève séance d'ouverture,
ont été conduits par les OING elles-mêmes,
sous la présidence qu'a bien voulu assumer, avec compétence,
M. Jacques BUGNICOURT, Secrétaire exécutif d'ENDA-Tiers-Monde,
assisté d'une vice-présidente, Mme Aïssata
KANE, de l'Association internationale des femmes francophones,
et de deux rapporteurs généraux: Mme Simonette RASOANIPANANINA,
de l'Association de la presse francophone, et de M. Michel AGNAÏEFF,
du Comité syndical francophone d'éducation et de
formation.
Elle a d'abord été marquée par la riche
diversité des origines géographiques et sectorielles
des participants. Pour la première fois, des militants
étaient venus de 26 pays d'Afrique subsaharienne, de l'Océan
indien, du Maghreb, d'Europe et d'Amérique pour témoigner
de la vitalité et des attentes de la coopération
non gouvernementale, dans tous les grands domaines de la Francophonie:
de la culture à la technique, du droit à la communication,
de l'éducation à l'économie. Conformément
à l'esprit des directives, le Sud était largement
présent et les résultats des élections au
Comité de liaison ont réfleté cette situation
nouvelle.
Elle a largement été éclairée par
l'esprit de dialogue et de convergence qui a présidé
aux débats et aux travaux.. Les objectifs qu'a rappelés
le Secrétaire général de l'Agence en matière
de coopération, d'innovation, de médiation et d'évaluation,
les enjeux de solidarité, de pluralité et de liberté,
qu'il a proposés, ont été au coeur des préoccupations
comme des propositions des participants.
Les travaux en ateliers thématiques comme les débats
autour de la table ronde, sur la coopération multilatérale
francophone: réseaux et interventions de terrain, ont mis
en lumière une forte volonté de travailler et d'agir
davantage ensemble et un vif attachement au français comme
langue de communication internationale. Cette aspiration s'est
également traduite dans les nombreux documents et publications
diffusés par les OING durant la Conférence.
Tout l'après-midi de la première journée
a été consacré aux travaux en ateliers simultanés
portant respectivement sur la création plurielle,sur le
droit et la justice, sur l'éducation et la formation et
sur le développement harmonisé en Francophonie.
Des responsables de l'Agence ont apporté soit des informations
ou des éclairages sur la programmation, soit leur concours
technique, à la demande des présidents et rapporteurs
désignés par les participants au sein de chaque
atelier. Il convient de noter le succès de fréquentation
de l'atelier sur l'éducation et la formation qui répondait
manifestement à la principale préoccupation des
OING, quelle que soit leur vocation.
La table ronde a permis quant à elle d'élargir
le débat en engageant un dialogue fécond et prospectif
avec des personnalités et des experts, extérieurs
aux organisations participantes. L'ancien Secrétaire général
de l'OUA, M. Oumarou IDE, l'Ambassadeur de France Bernard DORIN
et trois spécialistes canadien, français et tunisien
de l'action de terrain pour le développement sont ainsi
venus témoigner de leur expérience de la coopération
et suggérer des voies et moyens de collaboration. Les discussions
ont bien mis en lumière l'importance capitale de la coopération
de terrain comme finalité première de la concertation
et comme moyen d'expression de la base vers le Sommet.
Les travaux de la Conférence ont également été
éclairés par le communication très stimulante
et constructive de M. Franck BOROTRA, Secrétaire général
parlementaire de l'Assemblée internationale des parlementaires
de langue française,qui a en particulier situé le
rôle complémentaire des élus et des OING dans
la perspective politique d'une Francophonie proche des opinions
publiques et des réalités de terrain et ouverte
à des champs de coopération en constante évolution.
La nécessité de valoriser la place et les atouts
naturels des OING dans la coopération multilatérale
francophone a été clairement affirmée, dans
son allocution de clôture, par le Ministre français
de la Culture et de la Francophonie, qui s'est félicité
de la grande diversité des organisations présentes,
et qui a souligné l'importance de l'éducation et
de la jeunesse pour la Francophonie.
Le Ministre était aussi porteur d'un message du Premier
Ministre, M. Édouard BALLADUR, marquant l'encouragement
de la France à l'action réellement multilatérale
de terrain conduite par les OING, en particulier dans les domaines
de l'enseignement, de l'audiovisuel et de la culture, à
partir d'un attachement commun au français comme langue
maternelle, seconde ou d'adoption.
Le rapport général adopté par la Conférence
a établi un relevé d' orientations et de propositions
qui, pour certaines, portent sur les priorités de la programmation
de la coopération multilatérale francophone et qui,
pour d'autres, concernent plus spécifiquement les relations
et l'articulation des réseaux associatifs avec l'institutionnel
francophone.
De l'avis général, c'est dans le secteur capital
de l'éducation et de la formation que les efforts les plus
importants doivent être fournis. Les graves problèmes
de l'éducation, singulièrement dans les pays du
Sud, ont retenu la plus grande attention des participants qui
ont estimé que les OING devaient, non pas se substituer
aux systèmes éducatifs, mais les relayer, tant au
niveau formel qu'informel, et conjuguer leurs initiatives au-delà
de leurs préoccupations strictement sectorielles. Ils ont
par ailleurs mis l'accent sur la nécessité de mieux
assurer la présence des OING francophones dans les concertations
mondiales sur l'éducation.
Les questions de droit et de justice ont également été
au centre des préoccupations des délégués
qui ont en particulier insisté sur l'utilité de
soutenir les programmes d'information et de formation des OING
en direction des citoyens et des justiciables et de développer
les programmes de coopération en faveur du renforcement
de l'État de droit et du respect des droits de l'Homme.
Ils ont, de plus, souhaité que soient approfondies les
réflexions en cours sur les mécanismes de prévention
des conflits ainsi que sur les modèles de développement
propres à favoriser la paix.
En matière de création, l'accent a été
mis sur la formation technique et professionnelle aux métiers
de la culture, sur la circulation des créateurs et de leurs
oeuvres et sur la protection des droits d'auteurs. La sensibilisation
à la Francophonie, par l'école et les médias,
est apparue comme l'un des champs d'action privilégiés
du mouvement associatif.
Au chapitre du développement, la diffusion et l'accès
à l'information, l'appui au secteur informel de l'économie
et la formation des femmes à la gestion de projets créateurs
d'emplois sont apparus comme les volets prioritaires d'un partenariat
Nord-Sud et Sud-Sud. Les participants ont rappelé la nécessité
de mieux prendre en compte les réalités culturelles
et sociales dans les projets de développement.
Au-delà de leurs propositions sectorielles; les participants
ont recommandé l'édition d'un répertoire
et la constitution d'une banque d'informations sur les OING en
Francophonie ainsi que l'élaboration conjointe d'un plan
de communication interne et externe. Ils ont par ailleurs suggéré
que le soutien financier de l'Agence à la coopération
non gouvernementale soit conditionnée par la dimension
multilatérale des projets et privilégie les phases
de réalisation à celles d'étude, en évitant
de subventionner le fonctionnement en soi des structures associatives.
En ce sens a été lancée l'idée de
confectionner en commun, à l'occasion du 25e anniversaire
de l'Agence, un petit manuel sur la Francophonie à l'intention
de toutes les écoles de l'espace francophone.
La Conférence avait aussi pour mandat d'élire un
Comité de liaison ayant notamment pour fonction de coopérer
avec la présidence du Conseil permanent et le secrétariat
de l'Agence, dans l'intervalle de ses réunions biennales.
L'élection s'est déroulée dans des conditions
rigoureuses de démocratie et de transparence. Elle a été
organisée sous la conduite d'un Bureau composé d'un
président, M. Pierre DECHEIX, Secrétaire général
de l'Institut de droit d'expression et d 'inspiration françaises,
et de deux assesseurs, Mme Esther TAILLON, du Conseil de la vie
française en Amérique, et de Mme Rachida LARAKI-TAZI,
de l'Association internationale des femmes francophones. Le corps
électoral était constitué de toutes les OING
représentées, les critères de catégorisation
n'étant pas applicables à cette première
étape. 28 OING ont présenté leur candidature,
une fiche de présentation sur chacune d'elle ayant été
remise aux participants. A la demande de ceux-ci, il a été
décidé de prévoir également l'élection
de cinq organisation suppléantes, étant entendu
que le Comité serait composé, comme prévu,
de cinq membres.
Le vote a eu lieu à bulletin secret, chaque organisation
disposant d'une voix. Après deux tours de scrutin, ont
été élus:
- cinq organisations titulaires: Association internationale
des femmes francophones, Union internationale des journalistes
et de la presse de langue française, Association de la
presse francophone, Union des éditeurs de langue française,
Environnement et développement du Tiers-Monde, ayant
respectivement leur siège en Mauritanie, en France, au
Sénégal, en Belgique et, de nouveau, au Sénégal.
- cinq organisations suppléantes: Association internationale
pour la coopération et le développement au Sahel,
Comité international des femmes africaines pour le développement,
Association francophone internationale des directeurs d'établissements
scolaires, Fédération internationale des professeurs
de français, Institut international de droit d'expression
et d'inspiration françaises, ayant respectivement leur
siège au Burkina, en Côte d'Ivoire, au Canada-Québec
et en France (pour les deux dernières).
Le Comité de liaison s'est installé le 26 octobre
en désignant son président, l'AIFF, et son vice-président,
l'UIJPLF. Il tiendra sa première réunion de travail
effective au cours du premier trimestre 1995, après la
Conférence ministérielle de Ouagadougou. D'ici là,
chacun des membres a été invité à
faire des propositions sur le fonctionnement et les activités
du Comité, notamment en ce qui concerne ses rapports avec
l'ensemble des OING, dans les différents secteurs de la
coopération multilatérale francophone.
La Conférence avait pour objet de s'informer mutuellement,
de se consulter et de se concerter avec et entre les OING. Le
mouvement est maintenant lancé pour que progresse, à
l'aune des valeurs des OING, le vivre ensemble différents.
Le Président de la Conférence, M. Jacques BUGNICOURT,
observait en ce sens, pour conclure les travaux, que la Francophonie
implique engagement et militantisme, que sa promotion passe nécessairement
par les médias, que ses priorités portent sur l'éducation
et la formation et que son avenir dépend d'abord des enfants
et des jeunes, "les jeunes qui sont l'avenir du monde et
de la Francophonie dans le monde" comme l'a rappelé
Monsieur le Ministre Jacques TOUBON.
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