Discours d'ouverture de M. Jean-Louis ROY
Secrétaire
général de l'Agence de coopération
culturelle et technique (ACCT)
Madame le Président,
Mesdames et Messieurs du Corps diplomatique,
Monsieur le Secrétaire général honoraire
Jean-Marc Léger,
Mesdames et Messieurs les responsables des organisations internationales
non gouvernementales,
Chers amis,
La vie des hommes, des nations et des communautés traduit
et exprime plus qu'il n'y parait, au-delà et à côté
des conflits, des affrontements et des guerres, l'aspiration commune
à vivre ensemble, à vivre ensemble différents.
Chaque jour, cette aspiration se construit. D'innombrables choix,
individuels et collectifs soudent les valeurs, les ressources
et les interventions des uns et des autres.
Telle est, je crois, l'éthique des organisations internationales
non gouvernementales: faire progresser le vivre ensemble, le vivre
ensemble différents, par des choix et des interventions
conséquents et libres, susceptibles de contribuer à
l' aménagement d 'un monde respectueux des droits et libertés,
soucieux de construire l'égalité de tous, ayant
pour ambition d'inclure dans le développement l'ensemble
de la famille humaine, prêt à en payer le prix bien
au-delà de la seule économie solvable.
Soyez tous les bienvenus à cette première conférence
francophone des organisations internationales non gouvernementales.
C'est un "grand merci" que je voudrais vous
adresser, merci d'être venus des quatre coins du monde au
titre de la Francophonie.
La diversité de vos provenances, de vos engagements, de
vos champs d'intervention illustrent la complexité et la
diversité de notre communauté, sa richesse aussi,
l'ampleur du partenariat qu'à travers l'ACCT, elle a construit
avec le monde associatif et les organisations internationales.
Monsieur le Secrétaire général honoraire,
je connais votre ambition pour la Francophonie. Vous fûtes
de tous les premiers regroupements, les inspirant et les animant.
Vous fûtes témoin de l'émergence des premières
OING francophones dans les années 70. Voilà qu'aujourd'hui,
à ce titre-là sont réunies pour la première
fois en une conférence permanente, voulue par nos chefs
d'État et de gouvernement, des organisations internationales
non gouvernementales du Maghreb, de l'Océan Indien, d'Afrique
subsaharienne, d'Europe et d'Amérique, des OING dont la
singularité commune est bien de penser leur action à
l'échelle de la Francophonie. Cette conférence succède
à notre Conseil consultatif, organe statutaire de l'Agence
depuis ses origines, choix audacieux effectué en 1970.
Vous aurez à élire un Comité permanent de
liaison vous représentant entre deux conférences.
Quel chemin parcouru !
Quel témoignage aussi pour ceux qui, comme vous, Monsieur
Jean - Marc Léger, ont placé dans l'histoire cette
ambition, cette énergie et cette espérance.
Je rappelais précédemment l'ampleur du partenariat
créé ces dernières années entre l'ACCT
et les OING;
- Plus de 50 % des OING présentes à cette conférence
sont nos cocontractants, nos associés dans le déploiement
des programmations arrêtées par les Sommets francophones.
- S'ajoutent à cet acquis, les 31 ONG ou OING qui, depuis
1991, ont mis leurs ressources au service de notre Programme
spécial de Développement (PSD).
- S'ajoutent aussi les 56 ONG ou OING qui, depuis 1992, ont
bénéficié de l'appui de notre fonds d'aide
à la traduction et à l'interprétation.
- Permettez-moi de rappeler aussi la politique de la Francophonie
qui vise à assurer la présence des ONG et des
OING dans les forum créés à l'occasion
des conférences mondiales.
Ainsi à Rio, à Vienne, à la Barbade, au
Caire, demain à Copenhague et à Beijing, l'Agence
a permis à un grand nombre d'ONG et d'OING notamment du
Sud, de participer aux phases préparatoires et aux grands
rassemblements marquant les concertations mondiales que vous savez.
Ainsi s'est tissé en matière d'environnement, de
Droits de l'Homme, de politique des populations, de développement
social et de statut de la femme, des réseaux francophones
d'envergure.
Je voudrais rappeler aussi notre appui à l'émergence
de nouveaux rassemblements francophones, de la presse africaine
au syndicalisme, des mouvements de femmes aux juristes pour ne
citer que ces exemples.
Je voudrais rappeler enfin l'engagement de la Francophonie pour
l'enrichissement ou l'émergence de l'État de Droit
qui est bien, je crois, une condition pour votre existence et
votre action.
Voilà que cette politique conduite par l'ACCT trouve aujourd'hui
son aboutissement. C'est dire notre enthousiasme en vous accueillant
aujourd'hui, notre enthousiasme et la hauteur de nos attentes.Nous
sommes réunis au titre de la Francophonie.
S'informer mutuellement, se consulter, se concerter avec et
entre les OING, tel est l'objet de notre Conférence.
Des documents de présentation générale de
la programmation des Sommets vous ont été distribués.
Des représentants du Conseil Permanent de la Francophonie,
de l'Agence et de différents acteurs mandatés par
les Sommets seront parmi vous pour vous apporter les précisions
que vous souhaiterez. Mais cette Conférence est celle des
OING. Au-delà des séances plénières,
c'est à vous qu'il revient de conduire les travaux en ateliers
auxquels nous avons prévu de consacrer la majeure partie
de cette rencontre. Nous sommes là d'abord pour vous écouter,
réfléchir ensemble aux voies et moyens propres à
développer la "Francophonie de terrain". En
ce sens, les objectifs de notre rencontre peuvent être résumés
en quatre idées-forces:
- Ia coopération, la coopération
multilatérale c'est-à-dire égalitaire,
qui doit être l'expression concrète de notre volonté
de briser la scandaleuse inégalité qui divise
le monde et la Francophonie;
- I' innovation, ensuite, l'innovation dans la
coopération en y incorporant les moyens les plus féconds
au-delà des habitudes acquises;
- Ia médiation, également, en faisant
appel au rôle de relais, de corps intermédiaire
des OING;
- I' évaluation, enfin, non seulement pour
répondre à l'obligation de résultat que
suppose toute volonté de partenariat mais aussi pour
associer les réseaux associatifs à l'appréciation
de l'utilité des programmes de coopération francophone.
Voilà les quatre grands volets de l'objectif CIME (Coopération,
Innovation, Médiation, Évaluation) que nous
proposons de fixer à cette Conférence.
Fixer des objectifs à notre Conférence est nécessaire
mais n'est pas suffisant. Encore faut-il pouvoir partager des
préoccupations communes. C'est un vrai dialogue que nous
souhaitons. Il n'y a pas de textes, pas de résolutions
préparés à l'avance, pas de points prédéterminés
à l' ordre du jour, pas de procédures contraignantes
en dehors de dispositions pratiques destinées à
faciliter nos travaux et à favoriser leur efficacité.
C'est pourquoi nous proposons de nous rassembler et d'orienter
nos travaux autour de trois enjeux déterminants pour la
Francophonie.
- Le premier est celui de la solidarité. Je le
disais précédemment, la Francophonie doit contribuer
à briser la scandaleuse inégalité qui divise
le monde et la divise elle-même; inégalité
des droits, des chances, des moyens et en conséquence
du développement.
Or aujourd'hui, cette inégalité est toujours le
lot d'un grand nombre, de ces enfants d'Afrique, pour ne citer
qu'un seul exemple, qui, par millions, franchiront le pas de porte
du XXIe Siècle sans avoir fréquenté l'école
une seule journée dans leur vie.
- Le second est celui de la pluralité. Notre communauté
à l'image du monde, est diverse. Elle s'enracine loin
dans les héritages spirituels et culturels de la famille
humaine, des vieilles civilisations de l'Asie à l'Islam,
des mondes métissés des îles aux valeurs
de l'Afrique, des acquis de l'Occident en direction de tous
ces héritages.
On ne peut faire l'économie de cette immense richesse
et qui la nie ou cherche à la court circuiter s'expose
à gérer le conflit ou à voir s'installer
l'indifférence. Là se logent les identités,
là se nourrissent les créations, là s'impose
la synthèse humaine.
Voilà l'un des acquis les plus précieux de la Francophonie,
la pleine reconnaissance de la pluralité du monde.
D'où les tâches que vous savez, de l'exception culturelle
à l'échelle du monde à la pleine reconnaissance
des langues partenaires et de leur lien à la langue française
qui nous réunit.
D'où la nécessité d'occuper par des coopérations
fortes les espaces de création et notamment dans le domaine
de l'audiovisuel; de consolider et de développer nos réseaux
d'information dans le contexte des autoroutes dont on parle tant
aujourd'hui; de placer notre langue commune au tout premier rang
de celles qui s'appropriant les puissances technologiques, se
les appliquant, seront dans le prochain siècle, les seules
langues internationales.
Le troisième enjeu est celui de la liberté.
Rien de durable ne se fait sans elle, ni le développement,
ni la création, ni le pluralisme. Ils sont les uns et les
autres indissociables de régimes politiques démocratiques,
de l'État de Droit, du respect des droits et des libertés.
Depuis le Sommet de Dakar, ces références sont
des valeurs communes en Francophonie, des composantes de cette
dernière traduites dans des coopérations majeures.
Que l'exemple du Rwanda ne soit jamais oublié.
Plus jamais cela en Francophonie.
Vous disposez d'un capital de réflexion, d'expérience,
de réussites et d'échec, dont vous avez tiré
les enseignements.
Je vous invite à nous faire partager cette réflexion,
cette expérience et les enseignements que vous en avez
tirés.
Dans le monde tel qu'il est, dans le contexte économique
international d'une grande âpreté que vous savez,
la Francophonie a besoin de toutes ses ressources. Vous me permettrez
de ne pas succomber à la démagogie facile qui me
ferait faire votre éloge mais bien de vous demander ce
que vous pouvez apporter à notre communauté qui
lui permette de se rapprocher, par ses choix et ses interventions,
de l'obligation de résultat dans les trois domaines évoqués,
solidarité, pluralité et liberté.
Je vous remercie et souhaite que vos travaux soient féconds.
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