1ère Conférence des OING - Paris (France), 24-25 octobre 1994

 

Discours d'ouverture de M. Jean-Louis ROY

Secrétaire général de l'Agence de coopération
culturelle et technique (ACCT)

 

Madame le Président,
Mesdames et Messieurs du Corps diplomatique,
Monsieur le Secrétaire général honoraire Jean-Marc Léger,
Mesdames et Messieurs les responsables des organisations internationales non gouvernementales,
Chers amis,

La vie des hommes, des nations et des communautés traduit et exprime plus qu'il n'y parait, au-delà et à côté des conflits, des affrontements et des guerres, l'aspiration commune à vivre ensemble, à vivre ensemble différents.

Chaque jour, cette aspiration se construit. D'innombrables choix, individuels et collectifs soudent les valeurs, les ressources et les interventions des uns et des autres.

Telle est, je crois, l'éthique des organisations internationales non gouvernementales: faire progresser le vivre ensemble, le vivre ensemble différents, par des choix et des interventions conséquents et libres, susceptibles de contribuer à l' aménagement d 'un monde respectueux des droits et libertés, soucieux de construire l'égalité de tous, ayant pour ambition d'inclure dans le développement l'ensemble de la famille humaine, prêt à en payer le prix bien au-delà de la seule économie solvable.

Soyez tous les bienvenus à cette première conférence francophone des organisations internationales non gouvernementales.

C'est un "grand merci" que je voudrais vous adresser, merci d'être venus des quatre coins du monde au titre de la Francophonie.

La diversité de vos provenances, de vos engagements, de vos champs d'intervention illustrent la complexité et la diversité de notre communauté, sa richesse aussi, l'ampleur du partenariat qu'à travers l'ACCT, elle a construit avec le monde associatif et les organisations internationales.

Monsieur le Secrétaire général honoraire, je connais votre ambition pour la Francophonie. Vous fûtes de tous les premiers regroupements, les inspirant et les animant. Vous fûtes témoin de l'émergence des premières OING francophones dans les années 70. Voilà qu'aujourd'hui, à ce titre-là sont réunies pour la première fois en une conférence permanente, voulue par nos chefs d'État et de gouvernement, des organisations internationales non gouvernementales du Maghreb, de l'Océan Indien, d'Afrique subsaharienne, d'Europe et d'Amérique, des OING dont la singularité commune est bien de penser leur action à l'échelle de la Francophonie. Cette conférence succède à notre Conseil consultatif, organe statutaire de l'Agence depuis ses origines, choix audacieux effectué en 1970. Vous aurez à élire un Comité permanent de liaison vous représentant entre deux conférences.

Quel chemin parcouru !

Quel témoignage aussi pour ceux qui, comme vous, Monsieur Jean - Marc Léger, ont placé dans l'histoire cette ambition, cette énergie et cette espérance.

Je rappelais précédemment l'ampleur du partenariat créé ces dernières années entre l'ACCT et les OING;

  • Plus de 50 % des OING présentes à cette conférence sont nos cocontractants, nos associés dans le déploiement des programmations arrêtées par les Sommets francophones.
  • S'ajoutent à cet acquis, les 31 ONG ou OING qui, depuis 1991, ont mis leurs ressources au service de notre Programme spécial de Développement (PSD).
  • S'ajoutent aussi les 56 ONG ou OING qui, depuis 1992, ont bénéficié de l'appui de notre fonds d'aide à la traduction et à l'interprétation.
  • Permettez-moi de rappeler aussi la politique de la Francophonie qui vise à assurer la présence des ONG et des OING dans les forum créés à l'occasion des conférences mondiales.

Ainsi à Rio, à Vienne, à la Barbade, au Caire, demain à Copenhague et à Beijing, l'Agence a permis à un grand nombre d'ONG et d'OING notamment du Sud, de participer aux phases préparatoires et aux grands rassemblements marquant les concertations mondiales que vous savez.

Ainsi s'est tissé en matière d'environnement, de Droits de l'Homme, de politique des populations, de développement social et de statut de la femme, des réseaux francophones d'envergure.

Je voudrais rappeler aussi notre appui à l'émergence de nouveaux rassemblements francophones, de la presse africaine au syndicalisme, des mouvements de femmes aux juristes pour ne citer que ces exemples.

Je voudrais rappeler enfin l'engagement de la Francophonie pour l'enrichissement ou l'émergence de l'État de Droit qui est bien, je crois, une condition pour votre existence et votre action.

Voilà que cette politique conduite par l'ACCT trouve aujourd'hui son aboutissement. C'est dire notre enthousiasme en vous accueillant aujourd'hui, notre enthousiasme et la hauteur de nos attentes.Nous sommes réunis au titre de la Francophonie.

S'informer mutuellement, se consulter, se concerter avec et entre les OING, tel est l'objet de notre Conférence. Des documents de présentation générale de la programmation des Sommets vous ont été distribués. Des représentants du Conseil Permanent de la Francophonie, de l'Agence et de différents acteurs mandatés par les Sommets seront parmi vous pour vous apporter les précisions que vous souhaiterez. Mais cette Conférence est celle des OING. Au-delà des séances plénières, c'est à vous qu'il revient de conduire les travaux en ateliers auxquels nous avons prévu de consacrer la majeure partie de cette rencontre. Nous sommes là d'abord pour vous écouter, réfléchir ensemble aux voies et moyens propres à développer la "Francophonie de terrain". En ce sens, les objectifs de notre rencontre peuvent être résumés en quatre idées-forces:

  • Ia coopération, la coopération multilatérale c'est-à-dire égalitaire, qui doit être l'expression concrète de notre volonté de briser la scandaleuse inégalité qui divise le monde et la Francophonie;
  • I' innovation, ensuite, l'innovation dans la coopération en y incorporant les moyens les plus féconds au-delà des habitudes acquises;
  • Ia médiation, également, en faisant appel au rôle de relais, de corps intermédiaire des OING;
  • I' évaluation, enfin, non seulement pour répondre à l'obligation de résultat que suppose toute volonté de partenariat mais aussi pour associer les réseaux associatifs à l'appréciation de l'utilité des programmes de coopération francophone.

Voilà les quatre grands volets de l'objectif CIME (Coopération, Innovation, Médiation, Évaluation) que nous proposons de fixer à cette Conférence.

Fixer des objectifs à notre Conférence est nécessaire mais n'est pas suffisant. Encore faut-il pouvoir partager des préoccupations communes. C'est un vrai dialogue que nous souhaitons. Il n'y a pas de textes, pas de résolutions préparés à l'avance, pas de points prédéterminés à l' ordre du jour, pas de procédures contraignantes en dehors de dispositions pratiques destinées à faciliter nos travaux et à favoriser leur efficacité. C'est pourquoi nous proposons de nous rassembler et d'orienter nos travaux autour de trois enjeux déterminants pour la Francophonie.

  • Le premier est celui de la solidarité. Je le disais précédemment, la Francophonie doit contribuer à briser la scandaleuse inégalité qui divise le monde et la divise elle-même; inégalité des droits, des chances, des moyens et en conséquence du développement.

Or aujourd'hui, cette inégalité est toujours le lot d'un grand nombre, de ces enfants d'Afrique, pour ne citer qu'un seul exemple, qui, par millions, franchiront le pas de porte du XXIe Siècle sans avoir fréquenté l'école une seule journée dans leur vie.

  • Le second est celui de la pluralité. Notre communauté à l'image du monde, est diverse. Elle s'enracine loin dans les héritages spirituels et culturels de la famille humaine, des vieilles civilisations de l'Asie à l'Islam, des mondes métissés des îles aux valeurs de l'Afrique, des acquis de l'Occident en direction de tous ces héritages.

On ne peut faire l'économie de cette immense richesse et qui la nie ou cherche à la court circuiter s'expose à gérer le conflit ou à voir s'installer l'indifférence. Là se logent les identités, là se nourrissent les créations, là s'impose la synthèse humaine.

Voilà l'un des acquis les plus précieux de la Francophonie, la pleine reconnaissance de la pluralité du monde.

D'où les tâches que vous savez, de l'exception culturelle à l'échelle du monde à la pleine reconnaissance des langues partenaires et de leur lien à la langue française qui nous réunit.

D'où la nécessité d'occuper par des coopérations fortes les espaces de création et notamment dans le domaine de l'audiovisuel; de consolider et de développer nos réseaux d'information dans le contexte des autoroutes dont on parle tant aujourd'hui; de placer notre langue commune au tout premier rang de celles qui s'appropriant les puissances technologiques, se les appliquant, seront dans le prochain siècle, les seules langues internationales.

Le troisième enjeu est celui de la liberté. Rien de durable ne se fait sans elle, ni le développement, ni la création, ni le pluralisme. Ils sont les uns et les autres indissociables de régimes politiques démocratiques, de l'État de Droit, du respect des droits et des libertés.

Depuis le Sommet de Dakar, ces références sont des valeurs communes en Francophonie, des composantes de cette dernière traduites dans des coopérations majeures.

Que l'exemple du Rwanda ne soit jamais oublié.

Plus jamais cela en Francophonie.

Vous disposez d'un capital de réflexion, d'expérience, de réussites et d'échec, dont vous avez tiré les enseignements.

Je vous invite à nous faire partager cette réflexion, cette expérience et les enseignements que vous en avez tirés.

Dans le monde tel qu'il est, dans le contexte économique international d'une grande âpreté que vous savez, la Francophonie a besoin de toutes ses ressources. Vous me permettrez de ne pas succomber à la démagogie facile qui me ferait faire votre éloge mais bien de vous demander ce que vous pouvez apporter à notre communauté qui lui permette de se rapprocher, par ses choix et ses interventions, de l'obligation de résultat dans les trois domaines évoqués, solidarité, pluralité et liberté.

Je vous remercie et souhaite que vos travaux soient féconds.