TABLE RONDE
(RÉSUMÉ)
LA COOPÉRATION
MULTILATÉRALE FRANCOPHONE
RÉSEAUX ET INTERVENTIONS DE TERRAIN
Président:
M. Jacques BUGNICOURT
Intervenants:
M. Bernard DORIN, Ambassadeur de France
M. Oumarou IDE, Ancien Secrétaire général
de l'OUA
M. Ridha NAJAR, Directeur du CAFED
M. Pierre VERONNEAU, Directeur général d'OXFAM-Quabac
M. Jean-Paul VIGIER, Président de Coordination-SUD
Le Président, M. Jacques BUGNICOURT, a invité
les personnalités et experts participant à la table
ronde à engager le difficile débat de la coopération
multilatérale francophone, du rôle des OING, des
formes et méthodes d'action et de la validité, ou
non, de ce qui va être entrepris, en insistant pour que
cet échange d'idées sur la coopération internationale
se fasse bien dans le cadre de l'univers francophone.
Il a demandé à ses invités et à ses
pairs de garder à l'esprit le rôle crucial des langues
et des cultures de la Francophonie et leur a proposé de
considérer qu'il y avait, en matière de développement,
un certain consensus en faveur d'un développement humain,
d'un développement environnemental et d'un développement
plus équitable. Si ce cadre de réflexion est admis
par les participants, il s'agit dès alors de tenter de
répondre à la redoutable question posée:
coopération multilatérale francophone: réseaux,
interventions, terrain ?
De multiples interrogations viennent à l'esprit:
- qu'adviendra-t-il de ce navire de la Francophonie sur des
eaux agitées ?
- que se passera t-il dans les dix prochaines années
? Quelles formes prendra la coopération multilatérale
francophone ? Autour de quels objectifs communs et, surtout,
autour de quels domaines ?
- Cette coopération restera-t-elle au niveau des États
et de quelques ONG ou concernera-t-elle l'ensemble des pays
et surtout des peuples ? Pourra-t-elle atteindre les populations
de la Francophonie à la base ?
- Quelles liaisons y a-t-il entre le renforcement de la Francophonie
et l'évolution d'une coopération plus effective
avec des paysans, des pasteurs et des bidonvillois ?
Le Président a suggéré de procéder,
non par une succession de discours parallèles, comme c'est
souvent l'usage à une table ronde, mais plutôt par
un croisement de discours autour d'un premier thème, puis
d'un deuxième et, enfin, d'un troisième, en essayant
d'avoir à chaque étape, les réactions ou
les interrogations de l'assistance.
Dans cet esprit, il a demandé aux participants de faire
part de trois idées sur chacun des thèmes suivants:
- 1er thème: la coopération multilatérale
francophone: comment peut-elle être meilleure ?
- 2e thème: le travail à la base, il n'y en a
pas assez et trop souvent la coopération n'atteint pas
les populations .Comment faire autrement ?
- 3e thème: les OING et les réseaux, comme synergie
et comme méthode, ce thème étant en fait
inhérent aux deux précédents.
Pour lancer la discussion le Président a donc demandé
aux participants en quoi les OING pouvaient transformer le paysage
francophone et donner à la Francophonie une dimension populaire
beaucoup plus réelle et sensible, à la base d'abord,
et nécessairement, un jour, au sommet.
M. Ridha NAJAR, a engagé le débat en parlant
d'éthique, d'idéaux moyens:
- d'idéaux, c'est-à-dire de projets, d'objectifs
à atteindre. Des idéaux qui doivent réunir
la communauté francophone et constituer la richesse de
tant de peuples qui ont en commun la langue française;
- d'une éthique qui serait à la fois une morale
et une convivialité, fondée sur le désir
évoqué précédemment: "le savoir
vivre, le savoir être ensemble".
- de moyens humains et financiers dont la mise en oeuvre devrait
en particulier viser à ce que les pays du Sud puissent
participer en tant que partenaires et non plus en tant qu'assistés.
M. I 'Ambassadeur Bernard DORIN a estimé que la
Francophonie, qui avait commencé par les États,
se devait aujourd'hui de s'intéresser d'avantage à
la base et de mieux s'y impliquer. Selon lui, il y a nécessité
de tapisser la base, en quelque sorte, en se tournant vers les
peuplçs, les individus eux-mêmes.
Les OING constituent précisément la courroie de
transmission, l'intermédiaire entre les États officiels
et les peuples et les individus, car il ne peut y avoir de représentation
immédiate de l'ensemble de ceux-ci. Les intermédiaires
apparaissent comme indispensables pour que la Francophonie puisse
déboucher sur quelque chose de concret. La solidarité,
la complémentarité, qui définissent depuis
l'origine l'idée francophone, doivent s'incarner à
travers ces réseaux car s'il n'y avait que le côté
étatique de la Francophonie, il y aurait risque de dépérissement
de l'idée.
M. Oumarou IDE s'est quant à lui étonné
qu'avec autant d'OING, aux activités si nombreuses et diverses,
le rayonnement de la thèse francophone ne fût pas
meilleur. A ses yeux, l'une des premières préoccupations
ou tâches de l'Agence, comme des OING, devrait être
de défendre la langue française et de mieux organiser
son rayonnement.
L'ancien Secrétaire général de l'OUA a en
effet observé, pour le regretter, un certain complexe des
Francophones eux-mêmes vis-à-vis de l'anglais à
l'usage duquel ils se laissent aller volontiers lors des grandes
réunions internationales. Aussi a-t-il jugé important
de soutenir les regroupements de Francophones qui organisent,
au sein de ces grands rassemblements internationaux, la défense
de la langue française.
Pour ce qui est de l'avenir de la coopération multilatérale
francophone M. IDE pense qu'il dépend en grande partie
de l'action des OING, dans la mesure, notamment, où elles
peuvent mieux distinguer les priorités des populations
avec lesquelles elles sont en contact, et où elles peuvent
contribuer à améliorer la gestion de l'aide publique
par l'obligation de résultats à laquelle elles sont
tenues, pour justifier les fonds qu'elles reçoivent.
M. Pierre VERONNEAU a plaidé pour l'instauration
de concertations ouvertes et permanentes entre les OING elles-mêmes
et de celles-ci avec les institutions, en insistant sur la nécessité
d'une vraie influence réciproque. Dans le même sens,
il s'est demandé comment intéresser à la
Francophonie les ONG de développement dont il a pu mesurer,
au Canada, la faible connaissance qu'elles ont du multilatéral
francophone et la quasi-absence de relations avec celui-ci.
M. Jean-Paul VIGIER, qui préside une coordination
d'ONG françaises sous l'appellation SUD (Solidarité-urgence-développement),
a expliqué pourquoi celles-ci avaient adopté la
dénomination d'organisation de solidarité internationale
(OSI) qui a l'avantage de les définir positivement, et
non négativement par rapport aux gouvernements dont elles
ne relèvent pas, étant par essence indépendantes.
Il a, lui aussi, constaté le manque de connaissance et
de dialogue entre les organisations françaises de solidarité
internationale et la Francophonie, la dimension multilatérale
francophone n'étant en général pas directement
prise en compte par ces organisations. Cela s'explique probablement,
selon lui, par le fait que la coopération multilatérale
francophone ne serait pas, au départ, orientée vers
des actions d'urgence et de développement.
Afin de faire évoluer, sur le plan multilatéral,
la collaboration de la Francophonie avec les organisations de
solidarité internationale, M. VIGIER a suggéré
d'agir dans trois directions: faire mieux connâître
l'ACCT; accroître ses moyens et ses champs d'action; élargir
ou ouvrir à de nouveaux partenaires ses possibilités
de coopération, en privilégiant des actions durables.
Dans le débat qui a suivi ce premier tour de table ronde,
nombre de participants, en particulier de Tunisie, de Mauritanie,
du Burkina Faso, du Sénégal et du Togo, sont intervenus,
à l'instar de M. Oumarou IDE, pour témoigner des
faiblesses de l'utilisation du français dans les réunions
et les organisations internationales, liées, selon eux,
au manque de confiance des Francophones eux-mêmes dans leur
langue mais aussi à l'insuffisance des moyens financiers.
Le Secrétaire général de l 'ACCT,
tout en observant que les OING elles-mêmes avaient parfois
leur part de responsabilité dans cette situation, a rappelé
l'engagement personnel du Secrétaire général
de l'ONU en faveur du statut et de l'usage du français
comme langue internationale. Il a signalé les efforts que
conduisait l'Agence en cette matière, notamment dans le
cadre des concertations francophones qu'elle prépare et
organise à l'occasion des grandes conférences mondiales
des Nations Unies, en travaillant avec les ONG, ainsi que dans
celui du Fonds d'aide à la traduction et à l'interprétation
qui lui permet de soutenir l'utilisation du français dans
un nombre non négligeable de réunions internationales
ou non gouvernementales. Il reste qu'effectivement, on voit mal
pourquoi nos partenaires francophones du Sud se mobiliseraient
pour l'usage international du français si ceux du Nord
ne le font pas.
La Présidente de l'Association internationale des femmes
francophones n'a pas, quant à elle, partagé
le pessimisme de certains participants, en considérant
que le français avait, depuis l'époque de la création
de l'ACCT, sensiblement progressé, singulièrement
en Afrique anglophone. Le rayonnement de la langue française
et de l'institution francophone est d'abord, à ses yeux,
une question d'innovation, la Francophonie devant se tourner vers
les peuples, pour aller aussi de la base au Sommet. Ce n'est pas
en termes de concurrence des langues mais de nivellement des inégalités
qu'il faut, selon elle, raisonner si l'on veut innover. L'innovation
devant partir de la base, il faudrait en particulier accroître
les subventions aux écoles qui sont des lieux essentiels
d'apprentissage du français et qui déterminent donc
l'avenir de la coopération multilatérale francophone.
Le représentant du Regroupement des associations syndicales
de la Francophonie, appuyé par celui de l'Association de
solidarité internationale pour le développement
intégré au Sahel, a plaidé pour que soit
intégrée la dimension sociale à la Francophonie,
considérant en particulier les conséquences de l'ajustement
structurel et de la dévaluation du franc CFA sur la situation
des travailleurs dans les pays francophones du Sud. Militant pour
un développement harmonieux et pour la démocratie,
il a cependant rappelé que "ventre vide n'a pas d'oreilles"
et qu'il importait donc que chacun ait son pain pour être
actif dans la Francophonie. Dans le même sens, son confrère
de l'ASIDIS a estimé que, face à la crise de confiance
qu'il percevait en Afrique, il fallait que la Francophonie s'engage
avec coeur et moyens pour remonter le moral des peuples.
Le représentant de l'Association internationale pour
la coopération et le développement au Sahel
a suggéré de concevoir la coopération avec
les ONG sous la forme de cercles concentriques, en insistant sur
l'intérêt de constituer des collectifs nationaux
d'ONG de développement et sur l'importance de leur concertation
avec les Etats, puis avec les organisations internationales. C'est
la condition, selon lui, de la réalisation de programmes
cohérents mais cela suppose un appui financier à
la concertation.
Le représentant de la Fédération des
associations de bibliothécaires, archivistes, documentalistes
des Etats membres du Sommet Francophone a, quant à
lui, insisté sur l'importance du suivi des travaux de la
Conférence, tant sur le plan formel qu'informel, et souligné
le rôle de contrepoids et de groupe de pression que les
ONG devraient jouer dans la Francophonie et vis-à-vis des
Etats. Il lui est apparu essentiel de favoriser le développement
de la vie associative dans les pays du Sud.
Le représentant de la Société nationale
de l'Acadie a confié sa conception de la coopération,
en termes de partenariat et non d'aide, pour montrer, à
partir de l'exemple de l'Acadie, que selon lui, il n'y avait pas
seulement des disparités mais aussi des similitudes, des
difficultés de même nature au Nord et au Sud, qu'il
s'agisse de chômage, de pauvreté, de problèmes
de scolarisation.... Il a ainsi estimé que le partenariat
ne saurait passer simplement par des différences, qu'il
faudrait effacer par l'aide unilatérale, mais qu'il se
fondait également, dans sa dimension Nord-Sud, voire Nord-Nord,
sur des similitudes qui font que certains Etats, malgré
leurs faibles moyens, n'en apportent pas moins leur concours.
Le Secrétaire général de l'Agence
a précisé, au sujet de l'action francophone en faveur
du français dans les organisations internationales, qu'il
existait des bureaux de liaison à Genève, à
Bruxelles et à New-York qui étaient à la
disposition des responsables d'ONG francophones ayant besoin d'un
lieu de travail pour participer à des réunions internationales.
Il a aussi rappelé que l'une des fonctions de l'Agence
était de soutenir les regroupements de délégués
ou de fonctionnaires francophones dans les organisations internationales,
par exemple pour appuyer les candidatures francophones à
des fonctions de direction et pour promouvoir l'utilisation du
français comme langue internationale.
La discussion, à la table ronde, a ensuite porté
sur les évolutions possibles ou souhaitables de la Francophonie
de terrain dans les dix ans à venir.
Pour M. Ridha NAJAR, beaucoup d'actions se font déjà
sur le terrain, comme l'ont montré les travaux en ateliers
de la veille, mais il y a un manque réel d'information.
Il a plaidé pour un soutien massif à la formation
et pour un grand effort de décentralisation des actions,
se félicitant, à cet égard, que près
de 60 % des actions de formation de l'ACCT se déroulent
dans les pays du Sud, comme c'est le cas au CAFED (Centre africain
de formation à l'édition et à la diffusion),
en Tunisie.
Il a également souligné que la mise en réseau
devait signifier mise en commun des ressources et moyens disponibles,
en vue d'éviter leur dispersion, sur la base du partenariat,
de l'échange et du respect des similitudes et des différences.
Il a enfin insisté sur le rôle de catalyseur des
ONG appelées, selon lui, à appuyer et non à
doubler les structures étatiques.
M. Oumarou IDE a estimé que pour faire évoluer
positivement la coopération francophone, il importait que
le travail des ONG vise en priorité trois objectifs: la
mobilisation, la sensibilisation et la formation, en vue d'accéder
au développement.
Il a rappelé que toute intervention devait éviter
l'effet de déphasage, entre l'attente des populations et
ce qu'on leur proposait, ainsi que l'effet de concurrence subversive,
par défaut de coordination des actions en cours. Aussi
l'ACCT et toutes les instances de la Francophonie devraient-elles
oeuvrer de concert avec les ONG, qui elles-mêmes devraient
travailler de concert avec les sociétés ou les organisations
traditionnelles.
M. I'Ambassadeur Bernard DORIN a, lui aussi, considéré
comme primordial le domaine de l'enseignement et de la formation.
Il a préconisé que l'enseignement soit dispensé,
dans un premier temps, en langue nationale, pour passer ensuite
au français afin d'universaliser les choses et de permettre
à toutes les populations, d'où qu'elles viennent,
de pouvoir communiquer entre elles et de pouvoir échanger
leurs expériences, leurs cultures propres.
A cet égard, les organisations de solidarité internationale,
selon la juste expression de M. VIGIER, ont un grand rôle
à jouer auprès des États et des ministères
de l'Éducation Nationale qui ne sont pas toujours conscients
des réalités des populations. Étant en contact
avec les peuples, les OSI doivent, selon lui, agir en appui aux
gouvernements et les conseiller sur la façon de promouvoir
la jeunesse, dans le cadre du développement.
M. Pierre VERONNEAU s'est, quant à lui, attaché
à la question de la langue et à celle du fonctionnement
de la Francophonie. Pour lui, il faut à la fois miser sur
les réseaux associatifs, et plus encore, sur leur synergie,
et poursuivre le renforcement des institutions francophones.
M. Jean-Paul VIGIER a fait part de l'expérience
française de désignation d'un représentant
permanent des OSI auprès des institutions internationales,
essentiellement de la famille des Nations Unies. Il lui a paru
souhaitable que les OING de la Francophonie puissent, avec l'appui
de l'Agence, avoir le même type de représentation
commune qui favoriserait leur participation aux concertations
internationales, en leur permettant de parler la même langue,
même si ce n'est pas forcément pour dire la même
chose. Il y aurait là, selon, lui, une possibilité
d'initiative commune dans le sens d'une meilleure coordination
et, partant, d'une plus grande efficacité de l'action francophone.
Les moyens malheureusement limités de l'Agence obligent
à compenser la faiblesse quantitative des interventions
par un effort constant d'imagination. M. VIGIER a observé
que le fondement linguistique de la Francophonie lui conférait
une vocation naturelle à agir dans le champ de la communication.
Dans le débat qui a suivi, plusieurs représentant
d'OING, notamment celui de la Société nationale
de l'Acadie, ont souhaité dépasser les discussions
sur la langue pour se concentrer sur la question des réseaux
et des interventions de terrain, à laquelle des réponses
concrètes devraient être apportées par la
Conférence.
Le président de l'Association des écrivains de
langue française a retenu, à partir de l'expérience
de son organisation, trois exigences vitales pour la Francophonie:
aller à la rencontre des populations, les faire participer
à des initiatives locales (en associant notamment les élus
et les médias) et impliquer les jeunes.
La présidente de l'Association internationale des femmes
francophones s'est réjouie de ce que les objectifs qui
se dégageaient rejoignent directement ceux de son mouvement.
Elle a cependant fait observer que pour aller vers la base, il
fallait en connaître les préoccupations qui sont
d'abord de se nourrir et de s'habiller, de se loger, de se soigner,
et cela en toute liberté. Elle a, de plus, jugé
utile d'éclairer les populations sur la signification de
la Francophonie en évitant de la confondre avec la France
et les citoyens français et en montrant qu'elle n'est pas
un système de domination, encore moins de perversion ou
de subversion.
Dans le même sens, plusieurs autres intervenantes de pays
du Sud ont estimé qu'il fallait certes diffuser la langue
française auprès des femmes mais surtout les impliquer
dans des actions de coopération concrètes en matière
socio-économique.
Le président de l'Union internationale pour la formation
d'informaticiens et de gestionnaires d'entreprises, tout en
reconnaissant les besoins fondamentaux de se nourrir et de se
loger, a jugé essentiel de redonner espoir et dignité
aux populations. En ce sens, il a repris l'idée d'un développement
solidaire où l'apport de chacun, même modeste, serait
un acquis pour toute la communauté. Il a par ailleurs suggéré
d'élaborer un répertoire des ONG oeuvrant pour la
Francophonie ainsi qu'un recueil de quelques réalisations
de terrain exemplaires.
Le Président d'honneur du Conseil international d 'études
francophones a rappelé l'existence de nombreuses ONG
actives en Francophonie, à différents niveaux, et
insisté, à son tour, sur le rôle de courroies
de transmission des réseaux associatifs.
Pour le Secrétaire général de l'Association
francophone internationale des directeurs d'établissements
scolaires, la Conférence devrait, au-delà de
l'événement qu'elle constitue en soi, déboucher
sur la mise en place d'un réseau francophone entre les
ONG, en assurant non seulement une meilleure connaissance mutuelle,
par l'échange de revues et de documentation, voire la création
d'une revue des OING, avec le concours de l'Agence, mais aussi
en développant un soutien mutuel, un partenariat actif
entre réseaux associatifs.
Un représentant de l'Union internationale des journalistes
et de la presse de langue française a offert de mettre
deux pages de chaque numéro de la Gazette de langue française
à la disposition d'ONG francophones pour les aider à
mieux se faire connaître.
Un représentant de l'Association francophone d'éducation
comparée s'est interrogé sur les rapports entre
langue française et développement pour mettre en
valeur le rôle de communication et d'échanges d'expériences
que peuvent jouer les OING.
Le président de la Fédération internationale
des centres d'entraînement aux méthodes d'éducation
active, favorable lui aussi à la notion d'organisation
de solidarité internationale a observé que l'an
2000 était déjà là sans qu'aucune
des recettes miracles de développement n'ait fait ses preuves.
Il a insisté sur l'importance de la mémoire pour
que l'on tire les leçons du passé et que l'on prenne
davantage en compte les besoins réels des populations,
en particulier dans le domaine de l'éducation.
Dans cet esprit, des intervenants se sont prononcés en
faveur de la valorisation des langues nationales, à la
lumière du succès de programmes d'alphabétisation,
notamment à l'intention des femmes, qui ont montré
l'intérêt d'une première phase en langue maternelle
avant de passer au français, dans une perspective fonctionnelle.
Le Secrétaire général de l 'ACCT
est intervenu pour souhaiter, lui aussi, que la coopération
de terrain vienne au premier plan dans les conclusions de la Conférence.
Il a rappelé qu'il y avait, au sein même de l'espace
francophone, un débat entre ceux qui ont une conception
assez lointaine des réalités de la Francophonie
et ceux qui militent pour des interventions concrètes sur
le terrain.
C'est ainsi qu'il faut voir dans cette rencontre, attendue depuis
quatre ans, l'occasion de rejoindre les préoccupations
du monde associatif et de s'engager systématiquement dans
des échanges féconds d'expériences, sous
les formes précédemment évoquées.
Parmi les nombreux champs d'intervention possibles de la coopération
de terrain, la mise à jour et l'édition, par la
Francophonie, d'instruments juridiques lui apparaissent comme
un exemple d'initiative utile pour l'action collective.
Le Secrétaire général de l'Agence a suggéré
d'illustrer d'ores et déjà la volonté des
participants d'agir ensemble par l'élaboration et l'édition
conjointes d'un petit manuel facile d'accès, mais de qualité,
qui répondrait à l'objectif de mieux faire connaître
les diverses dimensions de la Francophonie et qui serait distribué
dans toutes les écoles de l'espace francophone, en 1995,
pour le 25e anniversaire de l'ACCT. Cette idée a rencontré
un intérêt très vif dans l'assistance qui
a marqué son souhait d'en faire l'une des premières
suites concrètes de la Conférence.
M. Oumarou IDE est revenu sur l'importance qu'il faut
accorder à la défense du français dans les
organisations internationales pour souhaiter que les Bureaux de
liaison de l'ACCT à Bruxelles, Genève et New-York
soutiennent des groupes francophones de pression suffisamment
subversifs pour imposer le français dans les réunions
internationales, en déposant par exemples des motions de
protestation, voire en interrompant leur participation aux travaux.
M. Ridha NAJAR a enfin souligné l'axe majeur d'intervention
et de coopération non gouvernementales que constituaient
l'État de droit, la démocratie et les droits de
l'Homme, en appelant les OING à oeuvrer notamment pour
les progrès de la culture démocratique du citoyen.
Pour conclure, le Président a fait une synthèse
très dense et complète des idées et des propositions
émises tout au long des discussions, à partir de
trois objectifs majeurs qui lui sont clairement apparus: renforcer
l'action francophone, agir plus et mieux sur le terrain, demander
davantage aux ONG. Cela exigera, selon lui, beaucoup de modestie
dans nos prévisions ou nos prospectives et une grande capacité
de changement, d'adaptation permanente dans une Francophonie qui
devra de plus en plus évoluer au rythme de la jeunesse.
Tout en citant le proverbe africain qui dit prudemment qu'un seul
pas n'est pas un sentier, il s'est réjoui que nous soyons
partis d'un bon pas.
|