1ère Conférence des OING - Paris (France), 24-25 octobre 1994

 

TABLE RONDE
(RÉSUMÉ)

LA COOPÉRATION MULTILATÉRALE FRANCOPHONE
RÉSEAUX ET INTERVENTIONS DE TERRAIN

Président:
M. Jacques BUGNICOURT

Intervenants:
M. Bernard DORIN, Ambassadeur de France
M. Oumarou IDE, Ancien Secrétaire général de l'OUA
M. Ridha NAJAR, Directeur du CAFED
M. Pierre VERONNEAU, Directeur général d'OXFAM-Quabac
M. Jean-Paul VIGIER, Président de Coordination-SUD


Le Président, M. Jacques BUGNICOURT, a invité les personnalités et experts participant à la table ronde à engager le difficile débat de la coopération multilatérale francophone, du rôle des OING, des formes et méthodes d'action et de la validité, ou non, de ce qui va être entrepris, en insistant pour que cet échange d'idées sur la coopération internationale se fasse bien dans le cadre de l'univers francophone.

Il a demandé à ses invités et à ses pairs de garder à l'esprit le rôle crucial des langues et des cultures de la Francophonie et leur a proposé de considérer qu'il y avait, en matière de développement, un certain consensus en faveur d'un développement humain, d'un développement environnemental et d'un développement plus équitable. Si ce cadre de réflexion est admis par les participants, il s'agit dès alors de tenter de répondre à la redoutable question posée: coopération multilatérale francophone: réseaux, interventions, terrain ?

De multiples interrogations viennent à l'esprit:

  • qu'adviendra-t-il de ce navire de la Francophonie sur des eaux agitées ?
  • que se passera t-il dans les dix prochaines années ? Quelles formes prendra la coopération multilatérale francophone ? Autour de quels objectifs communs et, surtout, autour de quels domaines ?
  • Cette coopération restera-t-elle au niveau des États et de quelques ONG ou concernera-t-elle l'ensemble des pays et surtout des peuples ? Pourra-t-elle atteindre les populations de la Francophonie à la base ?
  • Quelles liaisons y a-t-il entre le renforcement de la Francophonie et l'évolution d'une coopération plus effective avec des paysans, des pasteurs et des bidonvillois ?

Le Président a suggéré de procéder, non par une succession de discours parallèles, comme c'est souvent l'usage à une table ronde, mais plutôt par un croisement de discours autour d'un premier thème, puis d'un deuxième et, enfin, d'un troisième, en essayant d'avoir à chaque étape, les réactions ou les interrogations de l'assistance.

Dans cet esprit, il a demandé aux participants de faire part de trois idées sur chacun des thèmes suivants:

  • 1er thème: la coopération multilatérale francophone: comment peut-elle être meilleure ?
  • 2e thème: le travail à la base, il n'y en a pas assez et trop souvent la coopération n'atteint pas les populations .Comment faire autrement ?
  • 3e thème: les OING et les réseaux, comme synergie et comme méthode, ce thème étant en fait inhérent aux deux précédents.

Pour lancer la discussion le Président a donc demandé aux participants en quoi les OING pouvaient transformer le paysage francophone et donner à la Francophonie une dimension populaire beaucoup plus réelle et sensible, à la base d'abord, et nécessairement, un jour, au sommet.

M. Ridha NAJAR, a engagé le débat en parlant d'éthique, d'idéaux moyens:

  • d'idéaux, c'est-à-dire de projets, d'objectifs à atteindre. Des idéaux qui doivent réunir la communauté francophone et constituer la richesse de tant de peuples qui ont en commun la langue française;
  • d'une éthique qui serait à la fois une morale et une convivialité, fondée sur le désir évoqué précédemment: "le savoir vivre, le savoir être ensemble".
  • de moyens humains et financiers dont la mise en oeuvre devrait en particulier viser à ce que les pays du Sud puissent participer en tant que partenaires et non plus en tant qu'assistés.

M. I 'Ambassadeur Bernard DORIN a estimé que la Francophonie, qui avait commencé par les États, se devait aujourd'hui de s'intéresser d'avantage à la base et de mieux s'y impliquer. Selon lui, il y a nécessité de tapisser la base, en quelque sorte, en se tournant vers les peuplçs, les individus eux-mêmes.

Les OING constituent précisément la courroie de transmission, l'intermédiaire entre les États officiels et les peuples et les individus, car il ne peut y avoir de représentation immédiate de l'ensemble de ceux-ci. Les intermédiaires apparaissent comme indispensables pour que la Francophonie puisse déboucher sur quelque chose de concret. La solidarité, la complémentarité, qui définissent depuis l'origine l'idée francophone, doivent s'incarner à travers ces réseaux car s'il n'y avait que le côté étatique de la Francophonie, il y aurait risque de dépérissement de l'idée.

M. Oumarou IDE s'est quant à lui étonné qu'avec autant d'OING, aux activités si nombreuses et diverses, le rayonnement de la thèse francophone ne fût pas meilleur. A ses yeux, l'une des premières préoccupations ou tâches de l'Agence, comme des OING, devrait être de défendre la langue française et de mieux organiser son rayonnement.

L'ancien Secrétaire général de l'OUA a en effet observé, pour le regretter, un certain complexe des Francophones eux-mêmes vis-à-vis de l'anglais à l'usage duquel ils se laissent aller volontiers lors des grandes réunions internationales. Aussi a-t-il jugé important de soutenir les regroupements de Francophones qui organisent, au sein de ces grands rassemblements internationaux, la défense de la langue française.

Pour ce qui est de l'avenir de la coopération multilatérale francophone M. IDE pense qu'il dépend en grande partie de l'action des OING, dans la mesure, notamment, où elles peuvent mieux distinguer les priorités des populations avec lesquelles elles sont en contact, et où elles peuvent contribuer à améliorer la gestion de l'aide publique par l'obligation de résultats à laquelle elles sont tenues, pour justifier les fonds qu'elles reçoivent.

M. Pierre VERONNEAU a plaidé pour l'instauration de concertations ouvertes et permanentes entre les OING elles-mêmes et de celles-ci avec les institutions, en insistant sur la nécessité d'une vraie influence réciproque. Dans le même sens, il s'est demandé comment intéresser à la Francophonie les ONG de développement dont il a pu mesurer, au Canada, la faible connaissance qu'elles ont du multilatéral francophone et la quasi-absence de relations avec celui-ci.

M. Jean-Paul VIGIER, qui préside une coordination d'ONG françaises sous l'appellation SUD (Solidarité-urgence-développement), a expliqué pourquoi celles-ci avaient adopté la dénomination d'organisation de solidarité internationale (OSI) qui a l'avantage de les définir positivement, et non négativement par rapport aux gouvernements dont elles ne relèvent pas, étant par essence indépendantes.

Il a, lui aussi, constaté le manque de connaissance et de dialogue entre les organisations françaises de solidarité internationale et la Francophonie, la dimension multilatérale francophone n'étant en général pas directement prise en compte par ces organisations. Cela s'explique probablement, selon lui, par le fait que la coopération multilatérale francophone ne serait pas, au départ, orientée vers des actions d'urgence et de développement.

Afin de faire évoluer, sur le plan multilatéral, la collaboration de la Francophonie avec les organisations de solidarité internationale, M. VIGIER a suggéré d'agir dans trois directions: faire mieux connâître l'ACCT; accroître ses moyens et ses champs d'action; élargir ou ouvrir à de nouveaux partenaires ses possibilités de coopération, en privilégiant des actions durables.

Dans le débat qui a suivi ce premier tour de table ronde, nombre de participants, en particulier de Tunisie, de Mauritanie, du Burkina Faso, du Sénégal et du Togo, sont intervenus, à l'instar de M. Oumarou IDE, pour témoigner des faiblesses de l'utilisation du français dans les réunions et les organisations internationales, liées, selon eux, au manque de confiance des Francophones eux-mêmes dans leur langue mais aussi à l'insuffisance des moyens financiers.

Le Secrétaire général de l 'ACCT, tout en observant que les OING elles-mêmes avaient parfois leur part de responsabilité dans cette situation, a rappelé l'engagement personnel du Secrétaire général de l'ONU en faveur du statut et de l'usage du français comme langue internationale. Il a signalé les efforts que conduisait l'Agence en cette matière, notamment dans le cadre des concertations francophones qu'elle prépare et organise à l'occasion des grandes conférences mondiales des Nations Unies, en travaillant avec les ONG, ainsi que dans celui du Fonds d'aide à la traduction et à l'interprétation qui lui permet de soutenir l'utilisation du français dans un nombre non négligeable de réunions internationales ou non gouvernementales. Il reste qu'effectivement, on voit mal pourquoi nos partenaires francophones du Sud se mobiliseraient pour l'usage international du français si ceux du Nord ne le font pas.

La Présidente de l'Association internationale des femmes francophones n'a pas, quant à elle, partagé le pessimisme de certains participants, en considérant que le français avait, depuis l'époque de la création de l'ACCT, sensiblement progressé, singulièrement en Afrique anglophone. Le rayonnement de la langue française et de l'institution francophone est d'abord, à ses yeux, une question d'innovation, la Francophonie devant se tourner vers les peuples, pour aller aussi de la base au Sommet. Ce n'est pas en termes de concurrence des langues mais de nivellement des inégalités qu'il faut, selon elle, raisonner si l'on veut innover. L'innovation devant partir de la base, il faudrait en particulier accroître les subventions aux écoles qui sont des lieux essentiels d'apprentissage du français et qui déterminent donc l'avenir de la coopération multilatérale francophone.

Le représentant du Regroupement des associations syndicales de la Francophonie, appuyé par celui de l'Association de solidarité internationale pour le développement intégré au Sahel, a plaidé pour que soit intégrée la dimension sociale à la Francophonie, considérant en particulier les conséquences de l'ajustement structurel et de la dévaluation du franc CFA sur la situation des travailleurs dans les pays francophones du Sud. Militant pour un développement harmonieux et pour la démocratie, il a cependant rappelé que "ventre vide n'a pas d'oreilles" et qu'il importait donc que chacun ait son pain pour être actif dans la Francophonie. Dans le même sens, son confrère de l'ASIDIS a estimé que, face à la crise de confiance qu'il percevait en Afrique, il fallait que la Francophonie s'engage avec coeur et moyens pour remonter le moral des peuples.

Le représentant de l'Association internationale pour la coopération et le développement au Sahel a suggéré de concevoir la coopération avec les ONG sous la forme de cercles concentriques, en insistant sur l'intérêt de constituer des collectifs nationaux d'ONG de développement et sur l'importance de leur concertation avec les Etats, puis avec les organisations internationales. C'est la condition, selon lui, de la réalisation de programmes cohérents mais cela suppose un appui financier à la concertation.

Le représentant de la Fédération des associations de bibliothécaires, archivistes, documentalistes des Etats membres du Sommet Francophone a, quant à lui, insisté sur l'importance du suivi des travaux de la Conférence, tant sur le plan formel qu'informel, et souligné le rôle de contrepoids et de groupe de pression que les ONG devraient jouer dans la Francophonie et vis-à-vis des Etats. Il lui est apparu essentiel de favoriser le développement de la vie associative dans les pays du Sud.

Le représentant de la Société nationale de l'Acadie a confié sa conception de la coopération, en termes de partenariat et non d'aide, pour montrer, à partir de l'exemple de l'Acadie, que selon lui, il n'y avait pas seulement des disparités mais aussi des similitudes, des difficultés de même nature au Nord et au Sud, qu'il s'agisse de chômage, de pauvreté, de problèmes de scolarisation.... Il a ainsi estimé que le partenariat ne saurait passer simplement par des différences, qu'il faudrait effacer par l'aide unilatérale, mais qu'il se fondait également, dans sa dimension Nord-Sud, voire Nord-Nord, sur des similitudes qui font que certains Etats, malgré leurs faibles moyens, n'en apportent pas moins leur concours.

Le Secrétaire général de l'Agence a précisé, au sujet de l'action francophone en faveur du français dans les organisations internationales, qu'il existait des bureaux de liaison à Genève, à Bruxelles et à New-York qui étaient à la disposition des responsables d'ONG francophones ayant besoin d'un lieu de travail pour participer à des réunions internationales.

Il a aussi rappelé que l'une des fonctions de l'Agence était de soutenir les regroupements de délégués ou de fonctionnaires francophones dans les organisations internationales, par exemple pour appuyer les candidatures francophones à des fonctions de direction et pour promouvoir l'utilisation du français comme langue internationale.

La discussion, à la table ronde, a ensuite porté sur les évolutions possibles ou souhaitables de la Francophonie de terrain dans les dix ans à venir.

Pour M. Ridha NAJAR, beaucoup d'actions se font déjà sur le terrain, comme l'ont montré les travaux en ateliers de la veille, mais il y a un manque réel d'information.

Il a plaidé pour un soutien massif à la formation et pour un grand effort de décentralisation des actions, se félicitant, à cet égard, que près de 60 % des actions de formation de l'ACCT se déroulent dans les pays du Sud, comme c'est le cas au CAFED (Centre africain de formation à l'édition et à la diffusion), en Tunisie.

Il a également souligné que la mise en réseau devait signifier mise en commun des ressources et moyens disponibles, en vue d'éviter leur dispersion, sur la base du partenariat, de l'échange et du respect des similitudes et des différences. Il a enfin insisté sur le rôle de catalyseur des ONG appelées, selon lui, à appuyer et non à doubler les structures étatiques.

M. Oumarou IDE a estimé que pour faire évoluer positivement la coopération francophone, il importait que le travail des ONG vise en priorité trois objectifs: la mobilisation, la sensibilisation et la formation, en vue d'accéder au développement.

Il a rappelé que toute intervention devait éviter l'effet de déphasage, entre l'attente des populations et ce qu'on leur proposait, ainsi que l'effet de concurrence subversive, par défaut de coordination des actions en cours. Aussi l'ACCT et toutes les instances de la Francophonie devraient-elles oeuvrer de concert avec les ONG, qui elles-mêmes devraient travailler de concert avec les sociétés ou les organisations traditionnelles.

M. I'Ambassadeur Bernard DORIN a, lui aussi, considéré comme primordial le domaine de l'enseignement et de la formation. Il a préconisé que l'enseignement soit dispensé, dans un premier temps, en langue nationale, pour passer ensuite au français afin d'universaliser les choses et de permettre à toutes les populations, d'où qu'elles viennent, de pouvoir communiquer entre elles et de pouvoir échanger leurs expériences, leurs cultures propres.

A cet égard, les organisations de solidarité internationale, selon la juste expression de M. VIGIER, ont un grand rôle à jouer auprès des États et des ministères de l'Éducation Nationale qui ne sont pas toujours conscients des réalités des populations. Étant en contact avec les peuples, les OSI doivent, selon lui, agir en appui aux gouvernements et les conseiller sur la façon de promouvoir la jeunesse, dans le cadre du développement.

M. Pierre VERONNEAU s'est, quant à lui, attaché à la question de la langue et à celle du fonctionnement de la Francophonie. Pour lui, il faut à la fois miser sur les réseaux associatifs, et plus encore, sur leur synergie, et poursuivre le renforcement des institutions francophones.

M. Jean-Paul VIGIER a fait part de l'expérience française de désignation d'un représentant permanent des OSI auprès des institutions internationales, essentiellement de la famille des Nations Unies. Il lui a paru souhaitable que les OING de la Francophonie puissent, avec l'appui de l'Agence, avoir le même type de représentation commune qui favoriserait leur participation aux concertations internationales, en leur permettant de parler la même langue, même si ce n'est pas forcément pour dire la même chose. Il y aurait là, selon, lui, une possibilité d'initiative commune dans le sens d'une meilleure coordination et, partant, d'une plus grande efficacité de l'action francophone. Les moyens malheureusement limités de l'Agence obligent à compenser la faiblesse quantitative des interventions par un effort constant d'imagination. M. VIGIER a observé que le fondement linguistique de la Francophonie lui conférait une vocation naturelle à agir dans le champ de la communication.

Dans le débat qui a suivi, plusieurs représentant d'OING, notamment celui de la Société nationale de l'Acadie, ont souhaité dépasser les discussions sur la langue pour se concentrer sur la question des réseaux et des interventions de terrain, à laquelle des réponses concrètes devraient être apportées par la Conférence.

Le président de l'Association des écrivains de langue française a retenu, à partir de l'expérience de son organisation, trois exigences vitales pour la Francophonie: aller à la rencontre des populations, les faire participer à des initiatives locales (en associant notamment les élus et les médias) et impliquer les jeunes.

La présidente de l'Association internationale des femmes francophones s'est réjouie de ce que les objectifs qui se dégageaient rejoignent directement ceux de son mouvement. Elle a cependant fait observer que pour aller vers la base, il fallait en connaître les préoccupations qui sont d'abord de se nourrir et de s'habiller, de se loger, de se soigner, et cela en toute liberté. Elle a, de plus, jugé utile d'éclairer les populations sur la signification de la Francophonie en évitant de la confondre avec la France et les citoyens français et en montrant qu'elle n'est pas un système de domination, encore moins de perversion ou de subversion.

Dans le même sens, plusieurs autres intervenantes de pays du Sud ont estimé qu'il fallait certes diffuser la langue française auprès des femmes mais surtout les impliquer dans des actions de coopération concrètes en matière socio-économique.

Le président de l'Union internationale pour la formation d'informaticiens et de gestionnaires d'entreprises, tout en reconnaissant les besoins fondamentaux de se nourrir et de se loger, a jugé essentiel de redonner espoir et dignité aux populations. En ce sens, il a repris l'idée d'un développement solidaire où l'apport de chacun, même modeste, serait un acquis pour toute la communauté. Il a par ailleurs suggéré d'élaborer un répertoire des ONG oeuvrant pour la Francophonie ainsi qu'un recueil de quelques réalisations de terrain exemplaires.

Le Président d'honneur du Conseil international d 'études francophones a rappelé l'existence de nombreuses ONG actives en Francophonie, à différents niveaux, et insisté, à son tour, sur le rôle de courroies de transmission des réseaux associatifs.

Pour le Secrétaire général de l'Association francophone internationale des directeurs d'établissements scolaires, la Conférence devrait, au-delà de l'événement qu'elle constitue en soi, déboucher sur la mise en place d'un réseau francophone entre les ONG, en assurant non seulement une meilleure connaissance mutuelle, par l'échange de revues et de documentation, voire la création d'une revue des OING, avec le concours de l'Agence, mais aussi en développant un soutien mutuel, un partenariat actif entre réseaux associatifs.

Un représentant de l'Union internationale des journalistes et de la presse de langue française a offert de mettre deux pages de chaque numéro de la Gazette de langue française à la disposition d'ONG francophones pour les aider à mieux se faire connaître.

Un représentant de l'Association francophone d'éducation comparée s'est interrogé sur les rapports entre langue française et développement pour mettre en valeur le rôle de communication et d'échanges d'expériences que peuvent jouer les OING.

Le président de la Fédération internationale des centres d'entraînement aux méthodes d'éducation active, favorable lui aussi à la notion d'organisation de solidarité internationale a observé que l'an 2000 était déjà là sans qu'aucune des recettes miracles de développement n'ait fait ses preuves. Il a insisté sur l'importance de la mémoire pour que l'on tire les leçons du passé et que l'on prenne davantage en compte les besoins réels des populations, en particulier dans le domaine de l'éducation.

Dans cet esprit, des intervenants se sont prononcés en faveur de la valorisation des langues nationales, à la lumière du succès de programmes d'alphabétisation, notamment à l'intention des femmes, qui ont montré l'intérêt d'une première phase en langue maternelle avant de passer au français, dans une perspective fonctionnelle.

Le Secrétaire général de l 'ACCT est intervenu pour souhaiter, lui aussi, que la coopération de terrain vienne au premier plan dans les conclusions de la Conférence. Il a rappelé qu'il y avait, au sein même de l'espace francophone, un débat entre ceux qui ont une conception assez lointaine des réalités de la Francophonie et ceux qui militent pour des interventions concrètes sur le terrain.

C'est ainsi qu'il faut voir dans cette rencontre, attendue depuis quatre ans, l'occasion de rejoindre les préoccupations du monde associatif et de s'engager systématiquement dans des échanges féconds d'expériences, sous les formes précédemment évoquées. Parmi les nombreux champs d'intervention possibles de la coopération de terrain, la mise à jour et l'édition, par la Francophonie, d'instruments juridiques lui apparaissent comme un exemple d'initiative utile pour l'action collective.

Le Secrétaire général de l'Agence a suggéré d'illustrer d'ores et déjà la volonté des participants d'agir ensemble par l'élaboration et l'édition conjointes d'un petit manuel facile d'accès, mais de qualité, qui répondrait à l'objectif de mieux faire connaître les diverses dimensions de la Francophonie et qui serait distribué dans toutes les écoles de l'espace francophone, en 1995, pour le 25e anniversaire de l'ACCT. Cette idée a rencontré un intérêt très vif dans l'assistance qui a marqué son souhait d'en faire l'une des premières suites concrètes de la Conférence.

M. Oumarou IDE est revenu sur l'importance qu'il faut accorder à la défense du français dans les organisations internationales pour souhaiter que les Bureaux de liaison de l'ACCT à Bruxelles, Genève et New-York soutiennent des groupes francophones de pression suffisamment subversifs pour imposer le français dans les réunions internationales, en déposant par exemples des motions de protestation, voire en interrompant leur participation aux travaux.

M. Ridha NAJAR a enfin souligné l'axe majeur d'intervention et de coopération non gouvernementales que constituaient l'État de droit, la démocratie et les droits de l'Homme, en appelant les OING à oeuvrer notamment pour les progrès de la culture démocratique du citoyen.

Pour conclure, le Président a fait une synthèse très dense et complète des idées et des propositions émises tout au long des discussions, à partir de trois objectifs majeurs qui lui sont clairement apparus: renforcer l'action francophone, agir plus et mieux sur le terrain, demander davantage aux ONG. Cela exigera, selon lui, beaucoup de modestie dans nos prévisions ou nos prospectives et une grande capacité de changement, d'adaptation permanente dans une Francophonie qui devra de plus en plus évoluer au rythme de la jeunesse. Tout en citant le proverbe africain qui dit prudemment qu'un seul pas n'est pas un sentier, il s'est réjoui que nous soyons partis d'un bon pas.