1ère Conférence des OING - Paris (France), 24-25 octobre 1994

 

Allocution de clôture de M. Jacques TOUBON

Ministre de la Culture et de la Francophonie de la France


Je remercie Mme Shirin CZIFFRA, Présidente du Conseil Permanent de la Francophonie et M. Jean-Louis ROY, Secrétaire général de l'Agence de Coopération Culturelle et Technique, de m'avoir fait l'honneur de me demander de clore les travaux de votre Conférence. Les organisations que vous animez ont en effet un rôle à jouer pour que le lien francophone prenne toute sa force.

Que serait ce lien en effet s'il n'existait qu'entre les Etats et les institutions publiques ? Il serait soumis aux aléas de la politique internationale, avec ses conflits d'intérêts, ses tensions, ses crises. Certes, les États ont des moyens. Mais ils sont aussi soumis à des impératifs contradictoires et ne suffiraient pas à donner vie à une communauté humaine aussi diverse que celle qui rassemble les francophones.

Au contraire, la vie associative se caractérise par la spontanéité, le dynamisme foisonnant, la générosité. Elle unit les personnes et les peuples au-delà des vicissitudes et des incertitudes politiques. Elle adhère au terrain et rappelle en permanence aux hommes politiques comme aux administrations les réalités de la vie.

Rien d'étonnant dans ces conditions que l'idée même de la francophonie soit née dans le milieu associatif. Peu après la seconde guerre mondiale, ce sont en effet des journalistes qui ont fondé l'UIJPLF, première association rassemblant à travers les frontières les personnes exerçant en français une même profession. Sans doute ressentaient-ils plus fort que d'autres le besoin de se retrouver puisque pour les journalistes comme pour les écrivains la langue est un véritable outil de travail, la matière même de leur activité.

Dans le même esprit, les universitaires francophones se sont organisés en association dans les années 60 de sorte que l'AUPELF, grâce à son dynamisme et à son réseau d'universités et de laboratoires installé sur l'ensemble de la planète s'est vu confier la coopération des Sommets dans ce domaine essentiel.

Combien d'autres métiers les ont, depuis lors, rejoints en constituant leur propre union francophone: enseignants, juristes, membres de professions libérales ou artistiques. D'autres organisations francophones réunissent les femmes, les syndicalistes, les handicapés, les personnes âgées. D'autres encore se préoccupent de développement, de protection de l'environnement, de respect des droits de l'homme. Finalement, c'est toute la vie, dans sa diversité, qui se trouve représentée parmi vous, et c'est dans tous les domaines qu'au sein des pays ayant le français en partage, des associations se sont fondées. Elles donnent du reste souvent à des personnes qui parlent le français, bien que leur pays ne soit pas francophone, l'occasion de témoigner leur attachement à notre langue.

Comment ne pas rendre enfin un hommage particulier à tous les groupes qui se sont créés dans le seul but de rassembler les francophones des régions où elle était menacée ? Vous êtes tous des francophones de terrain, mais ceux-là sont ceux du front, comme nos amis acadiens qui m'ont accueilli voici deux mois à leur Congrès et qui ont maintenu leur identité malgré les vicissitudes de leur histoire.

Vous oeuvrez donc dans des domaines très différents, et pourtant vous avez tous deux éléments en commun, qui rappellent que, comme le relevait il y a un an le Sommet de l'Ile Maurice, la francophonie se caractérise par l'unité dans la diversité. L'unité, c'est votre attachement à notre langue, votre volonté commune de travailler à ce qu'elle reste un instrument majeur de réflexion philosophique, de création littéraire, de recherche scientifique et d'échanges professionnels. La diversité, au-delà de celle de vos champs d'action, c'est celle de vos pays. Vous venez de tous les continents, de régions développées et de régions en développement. Cette diversité fait la richesse humaine de la francophonie et lui donne son originalité dans la vie internationale. Vous la reflétez et vous prouvez tous les jours, chacun dans son domaine, qu'elle n'empêche pas les francophones de se sentir bien ensemble et de coopérer.

Il était légitime que la francophonie politique vous associe à son action. Les Sommets l'avaient relevé: à Dakar, les Chefs d'État et de gouvernement avaient demandé le renforcement du rôle de relais joué par le monde associatif. A Chaillot, le président de la République française relevait que "le travail à la base est fait par beaucoup de volontaires qui montrent du dévouement, de l'expérience et de la compétence". Lors de la Conférence ministérielle de Bamako, nous avons adopté l'an dernier les ajustements institutionnels nécessaires. Et ici, vous venez de constituer votre comité de liaison, dont je suis heureux de féliciter le Président et les membres. Sous leur houlette, vous avez commencé en quatre ateliers, à donner une tournure concrète à votre association aux travaux de la Francophonie institutionnelle. Je m'en réjouis et je suis convaincu que c'est là le point de départ d'une longue et fructueuse coopération qui permettra notamment de vous faire participer plus activement à la mise en oeuvre de la programmation francophone.

En tant que Ministre français de la Francophonie, je me félicite particulièrement que ce coup d'envoi ait été donné à Paris. Merci d'avoir choisi notre capitale pour cette Conférence qui a établi, l'insertion des OING dans l'ensemble institutionnel francophone. La France est très sensible à l'honneur que vous lui avez fait et vous souhaite à tous bonne chance pour la poursuite de votre oeuvre en faveur de la langue française et de tous ceux qui la parlent, en particulier les jeunes qui sont l'avenir du monde et de la Francoophonie dans le monde.