Allocution de clôture de M. Jacques TOUBON
Ministre de
la Culture et de la Francophonie de la France
Je remercie Mme Shirin CZIFFRA, Présidente du Conseil Permanent
de la Francophonie et M. Jean-Louis ROY, Secrétaire général
de l'Agence de Coopération Culturelle et Technique, de
m'avoir fait l'honneur de me demander de clore les travaux de
votre Conférence. Les organisations que vous animez ont
en effet un rôle à jouer pour que le lien francophone
prenne toute sa force.
Que serait ce lien en effet s'il n'existait qu'entre les Etats
et les institutions publiques ? Il serait soumis aux aléas
de la politique internationale, avec ses conflits d'intérêts,
ses tensions, ses crises. Certes, les États ont des moyens.
Mais ils sont aussi soumis à des impératifs contradictoires
et ne suffiraient pas à donner vie à une communauté
humaine aussi diverse que celle qui rassemble les francophones.
Au contraire, la vie associative se caractérise par la
spontanéité, le dynamisme foisonnant, la générosité.
Elle unit les personnes et les peuples au-delà des vicissitudes
et des incertitudes politiques. Elle adhère au terrain
et rappelle en permanence aux hommes politiques comme aux administrations
les réalités de la vie.
Rien d'étonnant dans ces conditions que l'idée
même de la francophonie soit née dans le milieu associatif.
Peu après la seconde guerre mondiale, ce sont en effet
des journalistes qui ont fondé l'UIJPLF, première
association rassemblant à travers les frontières
les personnes exerçant en français une même
profession. Sans doute ressentaient-ils plus fort que d'autres
le besoin de se retrouver puisque pour les journalistes comme
pour les écrivains la langue est un véritable outil
de travail, la matière même de leur activité.
Dans le même esprit, les universitaires francophones se
sont organisés en association dans les années 60
de sorte que l'AUPELF, grâce à son dynamisme et à
son réseau d'universités et de laboratoires installé
sur l'ensemble de la planète s'est vu confier la coopération
des Sommets dans ce domaine essentiel.
Combien d'autres métiers les ont, depuis lors, rejoints
en constituant leur propre union francophone: enseignants, juristes,
membres de professions libérales ou artistiques. D'autres
organisations francophones réunissent les femmes, les syndicalistes,
les handicapés, les personnes âgées. D'autres
encore se préoccupent de développement, de protection
de l'environnement, de respect des droits de l'homme. Finalement,
c'est toute la vie, dans sa diversité, qui se trouve représentée
parmi vous, et c'est dans tous les domaines qu'au sein des pays
ayant le français en partage, des associations se sont
fondées. Elles donnent du reste souvent à des personnes
qui parlent le français, bien que leur pays ne soit pas
francophone, l'occasion de témoigner leur attachement à
notre langue.
Comment ne pas rendre enfin un hommage particulier à tous
les groupes qui se sont créés dans le seul but de
rassembler les francophones des régions où elle
était menacée ? Vous êtes tous des francophones
de terrain, mais ceux-là sont ceux du front, comme nos
amis acadiens qui m'ont accueilli voici deux mois à leur
Congrès et qui ont maintenu leur identité malgré
les vicissitudes de leur histoire.
Vous oeuvrez donc dans des domaines très différents,
et pourtant vous avez tous deux éléments en commun,
qui rappellent que, comme le relevait il y a un an le Sommet de
l'Ile Maurice, la francophonie se caractérise par l'unité
dans la diversité. L'unité, c'est votre attachement
à notre langue, votre volonté commune de travailler
à ce qu'elle reste un instrument majeur de réflexion
philosophique, de création littéraire, de recherche
scientifique et d'échanges professionnels. La diversité,
au-delà de celle de vos champs d'action, c'est celle de
vos pays. Vous venez de tous les continents, de régions
développées et de régions en développement.
Cette diversité fait la richesse humaine de la francophonie
et lui donne son originalité dans la vie internationale.
Vous la reflétez et vous prouvez tous les jours, chacun
dans son domaine, qu'elle n'empêche pas les francophones
de se sentir bien ensemble et de coopérer.
Il était légitime que la francophonie politique
vous associe à son action. Les Sommets l'avaient relevé:
à Dakar, les Chefs d'État et de gouvernement avaient
demandé le renforcement du rôle de relais joué
par le monde associatif. A Chaillot, le président de la
République française relevait que "le travail
à la base est fait par beaucoup de volontaires qui montrent
du dévouement, de l'expérience et de la compétence".
Lors de la Conférence ministérielle de Bamako, nous
avons adopté l'an dernier les ajustements institutionnels
nécessaires. Et ici, vous venez de constituer votre comité
de liaison, dont je suis heureux de féliciter le Président
et les membres. Sous leur houlette, vous avez commencé
en quatre ateliers, à donner une tournure concrète
à votre association aux travaux de la Francophonie institutionnelle.
Je m'en réjouis et je suis convaincu que c'est là
le point de départ d'une longue et fructueuse coopération
qui permettra notamment de vous faire participer plus activement
à la mise en oeuvre de la programmation francophone.
En tant que Ministre français de la Francophonie, je me
félicite particulièrement que ce coup d'envoi ait
été donné à Paris. Merci d'avoir choisi
notre capitale pour cette Conférence qui a établi,
l'insertion des OING dans l'ensemble institutionnel francophone.
La France est très sensible à l'honneur que vous
lui avez fait et vous souhaite à tous bonne chance pour
la poursuite de votre oeuvre en faveur de la langue française
et de tous ceux qui la parlent, en particulier les jeunes qui
sont l'avenir du monde et de la Francoophonie dans le monde.
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