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2e Conférence des OING - Genève, 18 & 19 novembre 1996

Allocution de Monsieur Christian DUNANT

Ambassadeur, mission permanente de la Suisse près les internationales

 

Monsieur le Président de la Conférence ministérielle de la Francophonie et Monsieur le Ministre,
Monsieur le Secrétaire général de l'Agence de la Francophonie, Madame la Présidente du Comité de liaison,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,

Permettez-moi tout d'abord de vous souhaiter la bienvenue, au nom des autorités fédérales. dans ce Centre international de conférences qui sera le siège de vos travaux ces deux prochains jours.

C'est avec un intérêt tout particulier que je participe aujourd'hui à votre séance d'ouverture. Tout d'abord, à titre personnel, la Francophonie ne m'étant pas inconnue, puisque j'ai suivi son évolution pendant de nombreuses années, ayant servi dans plusieurs pays francophones: le Zaïre, le Canada, puis la France où j'ai représenté le Gouvernement suisse au sein du Conseil permanent et enfin ici, à Genève, où, même si mes activités ne sont pas liées à la Francophonie, j'ai la possibilité de garder le contact par l'intermédiaire du groupe des Ambassadeurs francophones auprès de l'ONUG ou de l'Agence de la Francophonie.

Ensuite, parce que c'est la première fois que l'Agence organise en Suisse une Conférence internationale de cette envergure depuis que mon pays a pleinement adhéré à l'ensemble des institutions de la Francophonie. Comme vous le savez, la Suisse, dont les francophones ne composent que 18% environ de la population, a procédé par étapes pour se joindre à cette communauté: observatrice aux premiers Sommets des chefs d'État, puis membre à part entière de ceux-ci, il lui manquait encore une participation de plein droit à l'Agence, avec laquelle elle collaborait étroitement de facto depuis longtemps. C'est d'ailleurs, rappelons-le, avec le soutien de la Suisse que l'Agence de la Francophonie (ACCT) a établi à Genève son bureau de liaison, lequel est devenu récemment, sur décision du Conseil fédéral, une délégation permanente la mettant sur le même pied que les autres délégations représentant des organisations internationales n'ayant pas leur siège en Suisse. Au printemps de cette année, donc, le Parlement suisse a approuvé à une très grande majorité l'adhésion de la Suisse à l'Agence de la Francophonie. Je dis le Parlement suisse, car, et je tiens à le rappeler ici, c'est la Suisse entière, et non la seule Suisse romande, qui est membre de la Francophonie et je parle également au nom de mes compatriotes alémaniques, tessinois et romanches.

Par ailleurs, nous sommes tous conscients de l'importance que représente pour la Francophonie la présence des organisations internationales à Genève et, à l'inverse, pour les organisations internationales une présence active de la Francophonie dans cette ville. Vous savez mieux que quiconque les difficultés qui peuvent parfois exister pour maintenir la langue française à la place qui a traditionnellement été la sienne. La crise financière qui affecte l'ensemble des institutions rend cette tâche encore plus difficile que par le passé et votre présence en nos murs ne pourra que réaffirmer au sein de la communauté internationale la présence de la communauté francophone.

Mais en accueillant ici aujourd'hui près de cinquante organisations internationales non gouvernementales, c'est surtout en ma qualité de représentant du pays hôte que je souhaite m'exprimer.

Talleyrand, dit-on, aurait un jour prononcé ces paroles: «il existe cinq continents: l'Europe, I'Amérique, I'Asie, I'Afrique et Genève». Cette importance de la Genève internationale est connue dans le monde entier, mais elle évolue constamment et il n'est peut-être pas inutile de rappeler quelques chiffres fondamentaux.

Genève, c'est 21 organisations intergouvernementales, auxquelles s'ajoutent quelque 23 organismes intégrés dans l'Office des Nations Unies. C'est 134 pays représentés par 195 missions et délégations permanentes. À Genève se sont tenues, en 1995, 1700 réunions. soit environ 15 000 séances. auxquelles ont participé 70 000 délégués venus de Pextérieur, alors que l'aéroport reçoit 2400 VIP chaque année. Les dix principales OING ont tenu quant à elles. cette même année, 1082 réunions auxquelles ont participé 23 230 délégués. Genève, c'est encore le lieu de séjour d'une communauté travaillant dans des organisations intergouvernementales ou des missions, qui représente 33 000 personnes, soit la population d'une ville comme Fribourg ou Neuchâtel.

C'est à Genève que se façonne, souvent sans bruit ni grandes manifestations, l'avenir, les éléments qui régiront le monde de demain. Faire face aux défis majeurs du monde est la base du travail des organisations intergouvernementales à Genève. Que l'on pense au monde de l'économie, du développement, de la communication ou des connaissances (c'est l'OMC, le Cern, I'UIT), à celui de la société, du travail ou de la santé (BIT, OMS), à celui de la protection de l'environnement ou du développement durable (PNUE, OMM), il n'y a guère d'aspects de la coopération internationale qui échappe à la compétence des organisations siégeant au bord du Léman. Mais ce sont également des milliers de personnes qui travaillent dans l'urgence du quotidien en s'efforçant de trouver des solutions, ou d'atténuer les maux découlant des drames qui se déroulent sur la planète, que ce soit dans le secteur de la paix, de la protection de la vie, des droits de l'homme ou des affaires humanitaires (parmi ces multiples organismes figurent le CICR, le HCR, le Centre des droits de l'Homme, la Fédération des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, le Département des affaires humanitaires et de très nombreux autres).

Si les organisations internationales sont au centre de ces activités, elles ne vivent toutefois pas en vase clos: elles s'inscrivent d'abord dans la société, agissant par et pour elle. Ensuite, elles ne sont pas seules à effectuer ces tâches: il existe en effet une synergie constante entre tous les acteurs de la vie internationale. Et parmi les principaux acteurs figurent les organisations non gouvernementales. Il existe à Genève quelque 130 organisations non gouvernementales dont la plupart sont actives dans les secteurs que j'ai mentionnés il y a quelques instants. Cette concentration d'acteurs sur un territoire aussi restreint, la multiplicité des contacts que cela entraîne, sont l'une des raisons essentielles de l'importance de Genève sur le plan international.

On assiste en effet depuis quelques années à une multiplication des acteurs non gouvernementaux et à une influence croissante de ceux-ci dans la coopération internationale. Aux yeux des autorités suisses, fédérales et cantonales, le rôle des ONG est déterminant pour améliorer la capacité du secteur intergouvernemental à élaborer des réponses crédibles aux défis majeurs de notre temps. Cette collaboration doit s'intensifier et certains obstacles devront certes encore être surmontés car il s'agit parfois de bousculer quelques habitudes solidement ancrées, mais cette évolution est inéluctable.

Le Sommet de la Francophonie a défini pour votre 2e Conférence francophone des organisations internationales non gouvernementales des objectifs qui s'inscrivent parfaitement dans cet esprit d'ouverture et de contacts: information des OING, consultations des OING sur les grandes lignes de la programmation. coopération des OING avec le Conseil permanent de la Francophonie et l'Agence. Vous démontrez ainsi concrètement, au sein de la Francophonie, ce que devra être l'avenir de la coopération entre tous les organismes quels qu'ils soient, partageant les mêmes préoccupations.

C'est un vaste programme et deux jours ne seront certainement pas de trop pour que vous puissiez mener à bien vos travaux. Il ne me reste qu'a souhaiter que l'esprit de Genève souffle sur ces travaux.

Je vous remercie.

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