4 . Séance de clôture
Allocution
de clôture
Mme
Annie MONNERIE-GOARIN
Présidente de la Conférence
La 3e Conférence des OING francophones organisée
ici à Cotonou, par l'Agence de la Francophonie avec le
soutien des Autorités béninoises est sur le point
de s'achever. Cette réunion a, me semble t-il, bien rempli
toutes les missions qui lui étaient assignées.
Elle a d'abord autorisé des contacts fructueux entre les
différentes associations non gouvernementales et leur a
permis de tisser des liens. La variété des domaines
dans lesquels elles travaillent aurait pu au départ faire
douter de l'efficacité d'un tel contact : enseignement,
développement, santé, presse, femmes, juristes.
Comment peut-on réunir des univers aussi variés
? Pour travailler sur le terrain, vous savez justement que la
solidarité n'est jamais aussi utile qu'à la base,
que l'éducation, pour ne citer que ce secteur, n'est pas
la seule affaire des professeurs, mais qu'elle concerne aussi
les femmes, les entreprises, les parentsÖ; que la santé
n'est pas la seule affaire des médecins, mais qu'elle implique
bien d'autres acteurs. Ces rencontres devraient permettre à
des partenariats qui vont intrinsèquement de soi de se
formaliser, de mieux cerner leurs objectifs. Certains partiront
peut-être avec le regret de n'avoir pas totalement concrétisé
un projet de coopération entre OING. Soyons clairs: une
réunion de deux jours permet rarement de faire démarrer
de façon pratique une réalisation précise.
Mais vous avez noué les premiers contacts, et c'est déjà
précieux.
Au nom de tous les participants, on peut remercier les Autorités
béninoises et l'Agence Intergouvernementale de la Francophonie
de nous avoir permis de tisser des liens en toute liberté
; car les OING doivent garder leur spécificité et
leur efficacité tient en particulier à leur souplesse.
Elles doivent s'organiser sans s'institutionnaliser.
Certes nous avons besoin nous -OING- de nous appuyer sur des structures,
mais le partenariat que l'Administrateur général
nous a proposé nous convient d'autant mieux qu'il ne fera
jamais des OING les instruments d'une politique définie
par l'Agence, mais bien plutôt les initiateurs à
part entière de cette politique : l'Agence intergouvernementale
de la Francophonie a justement besoin pour appuyer nos actions
de ce que nous-mêmes aurons identifié comme problèmes
ou comme priorités sur le terrain.
Le désir de l'Agence de prendre en considération
ces demandes dit assez son souci d'en finir avec la perfection
glacée des plans sur le papier dont on a trop mesuré
l'inefficacitéÖ
Les OING peuvent redonner chair aux multiples actions déconnectées
des réalités. Elles considèrent positivement
cette volonté de dialoguer et de concrétiser, y
compris lorsqu'il a été dit que les associations
ne seraient pas subventionnées mais invitées à
mener des actions en commun. Nous avons voulu voir là non
des restrictions budgétaires mais un désir de considérer
ces OING d'égal à égal, et une incitation,
après tout légitime, à chercher des financements
endogènes pour atteindre les objectifs qu'elles se sont
fixés.
Pour cette troisième Conférence, le Comité
de liaison des OING avait choisi comme thème "Se développer
autrement".
Cet "autrement" fait toute l'originalité de ces
rencontres et montre que nous devons être à la recherche
d'une autre philosophie que celle de la croissance à tout
prix.
L'effondrement des systèmes autrefois brandis comme modèles,
y compris, au sein de la Francophonie, dit assez les lacunes,
les mensonges, les erreurs des principes qui les sous-tendent.
Le monde entier a compris que le colosse avait des pieds d'argile
et qu'il faut savoir reconnaître des mirages dans les chemins
obligés du progrès que les grandes puissances veulent
nous imposer.
Ce mode de développement peut s'effondrer, on l'a vu ,
du jour au lendemain. Pire, là où il s'impose dans
les pays du Sud, il génère inévitablement
la misère et les exclus.
C'est cette misère que nous, OING, nous refusons. Ce sont
en priorité ces exclus que nous voulons sortir de l'ornière
en leur proposant justement d'autres types de développement.
Les OING peuvent apporter le témoignage vivant qu'il est
possible de sortir de la pauvreté par des moyens qui sont
propres au Sud : micro-entreprises, expériences de formation,
éducation au droit et à la santé.
Ce que les OING demandent à la Francophonie ce n'est pas
de calquer dans les pays du Sud les solutions souvent fallacieuses
des pays du Nord, mais de les aider à trouver, à
mener à bien, et à faire connaître des solutions
qui leur sont propres, sachant que la multiplication de projets,
apparemment modestes mais bien ancrés vaut infiniment mieux
que des plans trop généraux pour trouver leur terrain
d'application.
Se développer autrement, ce n'est pas refuser la qualité,
ni la modernité, la place accordée aux technologies
nouvelles dans ces rencontres, en témoigne bien.
Cessons de dire qu'Internet risque de creuser le fossé
Nord-Sud. Oeuvrons plutôt pour que cette technologie soit
accessible au plus grand nombre, car, à condition naturellement
qu'on sache en tirer parti, c'est un instrument de désenclavement
des exclus et des idées.
Soutenons donc la multiplication des points d'accès, développons
les formations qui montreront comment s'en servir, non seulement
techniquement, mais épistémologiquement ou comment
construire des modes de savoir différents pour ceux qui,
sans cela, n'y auraient peut-être jamais eu accès.
Utilisons donc ce formidable moyen qui peut-être un jour,
mettra à égalité les plus nantis et les plus
démunis.
Les jeunes étant au coeur des débats : c'est à
leur éducation, à leur santé, à leur
avenir qu'il nous faut réfléchir. Et ce nouveau
modèle de développement, c'est pour eux bien-sûr
qu'il faut le trouver.
Il faut oeuvrer pour qu'à leur yeux, la pauvreté
ne soit pas la compagne obligée et maudite du seul modèle
de développement qu'on leur propose, oeuvrer pour que la
Francophonie ne soit pas qu'une structure, une coquille vide,
mais que la langue française, dans le respect des langues
et des cultures locales, leur apparaisse à juste titre
comme un instrument de progrès, qui participe à
leur promotion.
Qu'une Francophonie fière d'elle-même, et qui ose
s'afficher, leur offre un monde où l'espoir a sa place
n'est pas seulement une affaire d'humanité, c'est devenu,
pour les anciens que nous sommes, un devoir d'honneur face aux
générations futures.
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