3e Conférence des OING - Cotonou (Bénin) , 23-24 février 1999

4 . Séance de clôture



Allocution de clôture


Mme Annie MONNERIE-GOARIN
Présidente de la Conférence



La 3e Conférence des OING francophones organisée ici à Cotonou, par l'Agence de la Francophonie avec le soutien des Autorités béninoises est sur le point de s'achever. Cette réunion a, me semble t-il, bien rempli toutes les missions qui lui étaient assignées.

Elle a d'abord autorisé des contacts fructueux entre les différentes associations non gouvernementales et leur a permis de tisser des liens. La variété des domaines dans lesquels elles travaillent aurait pu au départ faire douter de l'efficacité d'un tel contact : enseignement, développement, santé, presse, femmes, juristes. Comment peut-on réunir des univers aussi variés ? Pour travailler sur le terrain, vous savez justement que la solidarité n'est jamais aussi utile qu'à la base, que l'éducation, pour ne citer que ce secteur, n'est pas la seule affaire des professeurs, mais qu'elle concerne aussi les femmes, les entreprises, les parentsÖ; que la santé n'est pas la seule affaire des médecins, mais qu'elle implique bien d'autres acteurs. Ces rencontres devraient permettre à des partenariats qui vont intrinsèquement de soi de se formaliser, de mieux cerner leurs objectifs. Certains partiront peut-être avec le regret de n'avoir pas totalement concrétisé un projet de coopération entre OING. Soyons clairs: une réunion de deux jours permet rarement de faire démarrer de façon pratique une réalisation précise. Mais vous avez noué les premiers contacts, et c'est déjà précieux.

Au nom de tous les participants, on peut remercier les Autorités béninoises et l'Agence Intergouvernementale de la Francophonie de nous avoir permis de tisser des liens en toute liberté ; car les OING doivent garder leur spécificité et leur efficacité tient en particulier à leur souplesse. Elles doivent s'organiser sans s'institutionnaliser.

Certes nous avons besoin nous -OING- de nous appuyer sur des structures, mais le partenariat que l'Administrateur général nous a proposé nous convient d'autant mieux qu'il ne fera jamais des OING les instruments d'une politique définie par l'Agence, mais bien plutôt les initiateurs à part entière de cette politique : l'Agence intergouvernementale de la Francophonie a justement besoin pour appuyer nos actions de ce que nous-mêmes aurons identifié comme problèmes ou comme priorités sur le terrain.

Le désir de l'Agence de prendre en considération ces demandes dit assez son souci d'en finir avec la perfection glacée des plans sur le papier dont on a trop mesuré l'inefficacitéÖ

Les OING peuvent redonner chair aux multiples actions déconnectées des réalités. Elles considèrent positivement cette volonté de dialoguer et de concrétiser, y compris lorsqu'il a été dit que les associations ne seraient pas subventionnées mais invitées à mener des actions en commun. Nous avons voulu voir là non des restrictions budgétaires mais un désir de considérer ces OING d'égal à égal, et une incitation, après tout légitime, à chercher des financements endogènes pour atteindre les objectifs qu'elles se sont fixés.

Pour cette troisième Conférence, le Comité de liaison des OING avait choisi comme thème "Se développer autrement".

Cet "autrement" fait toute l'originalité de ces rencontres et montre que nous devons être à la recherche d'une autre philosophie que celle de la croissance à tout prix.

L'effondrement des systèmes autrefois brandis comme modèles, y compris, au sein de la Francophonie, dit assez les lacunes, les mensonges, les erreurs des principes qui les sous-tendent.

Le monde entier a compris que le colosse avait des pieds d'argile et qu'il faut savoir reconnaître des mirages dans les chemins obligés du progrès que les grandes puissances veulent nous imposer.

Ce mode de développement peut s'effondrer, on l'a vu , du jour au lendemain. Pire, là où il s'impose dans les pays du Sud, il génère inévitablement la misère et les exclus.

C'est cette misère que nous, OING, nous refusons. Ce sont en priorité ces exclus que nous voulons sortir de l'ornière en leur proposant justement d'autres types de développement.

Les OING peuvent apporter le témoignage vivant qu'il est possible de sortir de la pauvreté par des moyens qui sont propres au Sud : micro-entreprises, expériences de formation, éducation au droit et à la santé.

Ce que les OING demandent à la Francophonie ce n'est pas de calquer dans les pays du Sud les solutions souvent fallacieuses des pays du Nord, mais de les aider à trouver, à mener à bien, et à faire connaître des solutions qui leur sont propres, sachant que la multiplication de projets, apparemment modestes mais bien ancrés vaut infiniment mieux que des plans trop généraux pour trouver leur terrain d'application.

Se développer autrement, ce n'est pas refuser la qualité, ni la modernité, la place accordée aux technologies nouvelles dans ces rencontres, en témoigne bien.

Cessons de dire qu'Internet risque de creuser le fossé Nord-Sud. Oeuvrons plutôt pour que cette technologie soit accessible au plus grand nombre, car, à condition naturellement qu'on sache en tirer parti, c'est un instrument de désenclavement des exclus et des idées.

Soutenons donc la multiplication des points d'accès, développons les formations qui montreront comment s'en servir, non seulement techniquement, mais épistémologiquement ou comment construire des modes de savoir différents pour ceux qui, sans cela, n'y auraient peut-être jamais eu accès.

Utilisons donc ce formidable moyen qui peut-être un jour, mettra à égalité les plus nantis et les plus démunis.

Les jeunes étant au coeur des débats : c'est à leur éducation, à leur santé, à leur avenir qu'il nous faut réfléchir. Et ce nouveau modèle de développement, c'est pour eux bien-sûr qu'il faut le trouver.

Il faut oeuvrer pour qu'à leur yeux, la pauvreté ne soit pas la compagne obligée et maudite du seul modèle de développement qu'on leur propose, oeuvrer pour que la Francophonie ne soit pas qu'une structure, une coquille vide, mais que la langue française, dans le respect des langues et des cultures locales, leur apparaisse à juste titre comme un instrument de progrès, qui participe à leur promotion.

Qu'une Francophonie fière d'elle-même, et qui ose s'afficher, leur offre un monde où l'espoir a sa place n'est pas seulement une affaire d'humanité, c'est devenu, pour les anciens que nous sommes, un devoir d'honneur face aux générations futures.

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